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Wassup Rockers *

Les guerriers de l'ennui

A.Lo.

Mis en ligne le 23/08/2006

Larry Clark emboîte le pas d'une bande d'ados latinos à Los Angeles. Attention aux clichés...

Une bande d'ados latinos fanatiques de skate traîne son ennui et sa passion entre South Central et Beverly Hills. En chemin, ils croisent de jeunes filles riches délurées, un flic soupçonneux, des fêtards hype et un avatar de Charlton Heston trop porté sur la gâchette.

Depuis «Tulsa» (1971), son premier livre de photos, Larry Clark se fait l'observateur des meurtrissures, physiques ou morales, de la jeunesse nord-américaine en général, californienne en particulier. Là où une certaine esthétique trash avant la lettre a pu frapper, là où certains moments de vérités ont pu jaillir d'une mise en scène abrupte, «Wassup Rockers» tourne à vide, ne débouche sur rien, victime d'un étrange glissement narratif et formel. La première demi-heure est quasi documentaire, avec une ouverture sur un témoignage qui sera reconstitué plus loin. On suit les sept antihéros dans leur quotidien à South Central, entre acrobaties, recueillement sur le lieu du meurtre d'un copain et drague/glande avec les filles du coin - c'est sec comme une vie sans passion. Puis nos zonards s'en vont à Beverly Hills. Et là, Clark enfile les figures imposées. Le photographe-réalisateur n'a jamais été un commentateur, encore moins un moralisateur, mais son image pouvait encore dire quelque chose.

On a ici bien peu de chose à se mettre sous les méninges: le skate comme métaphore de la condition de ces kids, qui luttent pour rester debout, la prédation sexuelle (par les femmes ou les gays blancs) pour illustrer l'exploitation des latinos dans les banlieues riches ou la fatalité de la clandestinité, que l'on vienne d'Amérique du Sud en Californie ou de South Central à Beverly Hills... Ce n'est même plus sulfureux ou frontal: à peine provocateur par instant, drôle, parfois, ce qui est une nouveauté chez Clark. Surtout, c'est long et ça sonne rarement juste (trop préparé ou trop improvisé?). Seul le dialogue où Kiko livre sa vie à Nikki confine à la vérité - ce qui est tout de même peu pour une oeuvre de cette forme.

De façon un peu étrange, l'une des dernières images du film rappelle fugacement la fin des «Guerriers de la nuit», Bis seventies et culte de Walter Hill au dispositif sensiblement identique (un gang erre toute une nuit avant de retrouver son turf). Comme si, que l'on fasse de la docu-fiction ou de la pure exploitation, les homeboys du ghetto étaient condamnés aux images préconçues que l'on nourrit sur eux.

© La Libre Belgique 2006

Savoir Plus

Réalisation et scénario: Larry Clark. Photographie: Steve Gainer. Musique: Harry Cody. Avec: Jonathan Velasquez, Francisco Pedrasa, Milton Velasquez, Yunior Usualdo Panameno, Eddie Velasquez, Luis Rojas-Salgado... 1 h46

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