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Je vais bien, ne t'en fais pas **
Comme frère et soeur
Fernand Denis
Mis en ligne le 08/11/2006
Le coup de théâtre final est-il bien nécessaire? La dernière pirouette est spectaculaire, certes, mais ce film si sensible retombe-t-il sur ses pattes? Sur le plan dramatique peut- être, mais l'émotion est blessée. Or si «Je vais bien, ne t'en fais pas» est un film palpitant, c'est davantage pour sa sensibilité que pour son suspense.
Revenons à la gare des bus du début où papa et maman viennent rechercher leur fille Lili de retour de vacances en Espagne. Passé l'instant de bonheur des retrouvailles, le visage des parents s'allonge brutalement. Son frère a disparu depuis cinq jours à la suite d'une violente altercation avec son père. D'abord révoltée par l'inertie des parents, la jeune fille est à son tour happée par l'inquiétude. Si elle comprend le silence de son frangin vis-à-vis de ses parents, elle ne peut l'accepter à son égard de la part de son frère jumeau. Et de perdre l'appétit, de sombrer dans la dépression.
Philippe Lioret met en scène une famille où un enfant paratonnerre absorbe toute la tension générée par cette mystérieuse absence. Une famille de pavillon de banlieue comme il en existe tant, des morts vivants anesthésiés par la télé. Le père est raide, la mère soumise, la fille déboussolée et le fils parti très loin.
ÉMOTION ET DISCRÉTION
Un premier coup de théâtre exposera la situation d'un autre angle et un deuxième brouillera le tableau qu'on avait cru observer. Mais, on nous l'a assez dit cette année: l'essentiel est invisible pour les yeux. Et comme à chaque fois chez Lioret, l'ambition est de réussir un film d'abord purement émotionnel, même s'il résiste ensuite à la réflexion avec ses qualités métaphoriques (la souffrance de quitter le nid -un autre visage des parents).
A chacun de ses films, le réalisateur de «Mademoiselle» s'efforce de gommer la forme pour se concentrer sur l'émotion, et son véhicule principal: le comédien. Il est assurément là le talent de Lioret, dans cette capacité à extraire une émotion pure de comédiennes surtout, connues -Sandrine Bonnaire était si fraîche et subtile dans «Mademoiselle» - ou inconnues, telle Mélanie Laurent. Celle-ci peut faire de la place sur sa cheminée pour un César, tant son interprétation, tout en réserve, en pudeur, en extrême sensibilité va droit au coeur. Le doigté de Lioret est absolument saisissant et sidérant car c'est en la dirigeant à l'économie qu'il tire un maximum de puissance. Il en va d'ailleurs de même avec Kad Merad, méconnaissable et Julien Boisselier, attachant.
Sans avoir l'air d'y toucher, en toute discrétion, Philippe Lioret construit modestement une oeuvre, car à chaque fois il fait le même film et à chaque fois il est différent.
© La Libre Belgique 2006
Savoir Plus
Scénario & réalisation: Philippe Lioret (d'après le roman d'Olivier Adam). Image: Sascha Wernik. Décors: Yves Brover. Musique: Nicolas Piovani. Montage: Andrea Sedlaclova. Production: Christophe Rossignon. Avec Mélanie Laurent, Kad Merad, Isabelle Renaud, Julien Boisselier, Aïssa Maïga... 1h40.
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