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Anche libero va bene (Libero) ***

Une famille à reconstruire

Hubert Heyrendt

Mis en ligne le 08/11/2006

Le comédien Kim Rossi Stuart s'impose comme cinéaste dans un premier film poignant

Tommi est un gamin de onze ans presque comme les autres. Un peu plus timide et solitaire sans doute. C'est qu'il supporte mal la séparation de ses parents; Stefania, sa mère, ayant délaissé le petit appartement familial pour s'en aller profiter plus librement de ses aventures extra-conjugales. Le garçon vit donc avec sa soeur Viola, une ado souriante, et son père Renato, cameraman free-lance aux violentes sautes d'humeur. Tout ce petit monde survit sans le sou mais soudé, tentant de reconstruire la cellule familiale. Jusqu'au jour où Stefania, implorant le pardon de son mari et de ses enfants, redébarque à la maison...L'un des comédiens italiens les plus doués de sa génération tant au théâtre qu'au cinéma, Kim Rossi Stuart, passe ici derrière la caméra. Loin de son image de beau gosse ténébreux de «Romanzo criminale», il choisit pour son premier film de livrer une étude sensible d'un noyau familial en implosion. S'il se met en scène dans le rôle d'un père maladroit, incapable d'exprimer son affection à ses enfants, il ne s'offre pas la vedette pour autant. Car le point de vue qu'il choisit est celui d'un petit garçon forcé, par la situation qu'il traverse, de grandir un peu trop vite. Avec beaucoup de justesse, il filme donc les petits détails révélateurs de l'existence de Tommi, le traquant à l'école, dans le bus, lors de ses cours de natation ou sur le toit de son immeuble, quand il ressent le besoin de s'isoler pour échapper aux difficultés de la vie.Grâce à une mise en scène sobre, à un grand sens du cadre, Kim Rossi Stuart parvient à nous faire partager les petites joies et les frustrations de son jeune héros. Si les situations qu'il filme sont souvent cruelles, elles ne sont jamais impudiques pour autant. Car c'est tout simplement d'amour que parle «Anche libero va bene», un amour complexe, difficile à cerner, celui de parents déchirés, d'une soeur et d'un préadolescent introverti mais ouvert aux autres, capables de les écouter, de comprendre leur peine surtout, jusqu'à pardonner les erreurs dont il se retrouve victime, celles de son père ou de sa mère.

A la manière d'un Jacques Doillon, le réalisateur a su gagner la confiance de son jeune acteur, le formidable Alessandro Morace. Lequel se livre corps et âme devant la caméra, ne forçant jamais le trait, au contraire. Sa sobriété, sa justesse permettent à «Anche libero va bene» de toucher à la vérité des sentiments.

Adoptant un point de vue réel sur son récit, se révélant un directeur d'acteurs accompli, Rossi Stuart livre un drame poignant sur la famille et offre quelques scènes bouleversantes. Et ce, sans jamais verser dans le sentimentalisme. Car ce qui intéresse le metteur en scène, plus que les longs discours, la musique tire-larmes ou les effets de manche, ce sont les visages et les gouffres insondables qu'ils dissimulent, la fragilité des êtres. En un mot, ce monde intime, refuge nécessaire pour faire face à une réalité parfois trop douloureuse. A l'heure du cynisme généralisé, de l'ironie grimaçante et des émotions prémâchées, voilà un discours simplement humain qui réchauffe le coeur.

© La Libre Belgique 2006

Savoir Plus

Réalisation: Kim Rossi Stuart. Scénario: L.Ferri, Fr.Giammusso, K.R.Stuart & F.Starnone. Photographie: Stefano Falivene. Musique: Banda Osiris. Montage: Marco Spoletini. Avec Barbora Bobulova, Alessandro Morace, Marta Nobili, Kim Rossi Stuart... 1h44.

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