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Sicko*

Mortelle assurance de santé

F.Ds

Mis en ligne le 10/10/2007

Enquête ? Selon Michael Moore, mieux vaut être riche et bien portant qu'Américain et malade

À côté de la scie circulaire qui lui a tranché deux phalanges de la main gauche, un homme raconte que lorsqu'il est arrivé à l'hôpital, on lui a, avant toute chose, présenté la situation ainsi : c'est 12 000 dollars pour l'annulaire, 60 000 pour le majeur. Il a renoncé à la dernière phalange de son majeur. Pourtant cet homme n'intéresse pas Michael Moore, car comme 50 millions Américains, il n'avait pas d'assurances de santé. Ceux qui intéressent le documentariste, ce sont les 250 millions qui se croient à l'abri.

En quoi, le problème de l'assurance américaine de santé peut-il bien nous intéresser ? A l'heure où d'aucuns voudraient nous persuader que privatisation rime avec solution, cela vaut la peine de prendre connaissance de l'enquête due Michael Moore.

En effet, aux USA, la médecine est, depuis Nixon, aux mains des assurances privées. Dès lors, ce n'est plus le médecin, ni le patient qui prend les décisions mais le directeur médical de la compagnie qui autorise tel examen, tel traitement, telle opération. Il a, ni plus ni moins, un droit de vie ou de mort sur ses... clients.

Et la formule n'est pas exagérée si on croit le témoignage d'une directrice médicale devant une commission parlementaire. Une confession plutôt qu'un témoignage. Ayant refusé le traitement d'un patient, celui-ci est mort quelques semaines plus tard. Pour avoir épargné 500 000 dollars à la compagnie, elle fut promue en grade avec un salaire à 6 chiffres. Peut-on blâmer la compagnie d'assurances ? Non, sa raison d'être n'est pas la santé de la population mais le profit maximum des actionnaires. Elle utilise donc tous les moyens pour ne pas payer (de préférence en très petits caractères et dans un langage abscons).

Bidouillage et manipulation

Michael Moore emballe tout cela avec sa maestria de bateleur, mélangeant clins d'oeil sonores et visuels sous forme d'extraits de films, commentaires en voix off et témoins choc. Comme des parents réduits à vendre leur maison, à vivre dans la cave de leur fille pour payer les trois crises cardiaques du mari. Ou cette mère ayant perdu sa fille de quatre ans parce que l'ambulance n'a pas conduit la gamine dans un hôpital accepté par l'assurance.

Dans un deuxième volet, Moore va voir ailleurs comment cela se passe. Et c'est la que cela se gâte quand il se met à brosser un tableau idyllique de la médecine au Canada, puis en Angleterre - mais pourquoi les Anglais viennent-ils alors se faire soigner en Belgique ? - ou en France. Les témoignages sont tellement crédibles qu'ils invalident ceux qui décrivent le système US.

Le troisième volet est du pur Michael Moore, dans une scène qui rappellera celle du jeune blessé de Columbine retournant à la grande surface où l'arme de la fusillade fut achetée. Ayant vu les autorités militaires, présenter les installations médicales dernier cri (garanti sans jeu de mot), réservées aux prisonniers de Guantanamo, Moore affrète un bateau et sur fond de musique de blockbuster à la Bruckheimer emmène une dizaine de ses témoins dont trois sauveteurs de 9/11 (victimes de leur solidarité) pour qu'ils puissent s'y faire soigner. Evidemment, ils sont repoussés par l'armée américaine, mais trouvent à Cuba un personnel médical tout dévoué.

Plus que jamais, les méthodes et les témoignages de Michael Moore montrent la vraie nature de son cinéma : la propagande. Toutefois, au-delà de la manipulation, du bidouillage, il faut reconnaître une capacité à vulgariser, à éclaircir les enjeux, en l'occurrence, de la privatisation de la sécurité sociale.

Savoir Plus

Réalisation : Michael Moore. Montage : Dan Swietlik, Geoffrey Richman, Chris Seward. 2h03.

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