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La maison* *

Souvenirs à vendre

F. Ds

Mis en ligne le 10/10/2007

Adjugé Poirier travaille ses thèmes, l'enfant et l'adulte, les racines et l'errance, autour d'une vente aux enchères

Manuel Poirier n'a pas besoin de grand-chose pour faire un film : Sergi Lopez, une voiture, une maison. Cette fois, la maison est vide, à vendre. Pas chère si on croit l'affichette placardée aux valves communales. C'est qu'elle est vendue par adjudication, pour liquider une dette. Les enchères démarreront au montant de la somme à rembourser.

C'est en rentrant en voiture sur Paris avec des amis que Malo la découvre par hasard en pleine campagne. Il pousse même la porte, déambule à l'intérieur, emporte distraitement un dessin d'enfant tout plié. Un dessin qui le bouleverse car c'est aussi une lettre d'une petite fille à son papa qui lui manque. Bouleversé car, lui-même en instance de divorce, sa gamine grandira sans doute loin de lui.

Alors, il veut rendre cette lettre à sa propriétaire, à une des deux soeurs contraintes de vendre la maison pour payer les dettes de leur père, lequel, justement, s'est laissé aller après son divorce. Et cette maison, elle ne veut pas la vendre, trop de souvenirs à l'intérieur.

Vide et remplie

C'est l'histoire d'une maison vide, isolée mais incroyablement remplie. Des souvenirs d'enfance des filles du propriétaire, des souvenirs projetés de Malo d'y voir ses enfants grandir, des projets de son meilleur ami ou du voisin qui lorgne sur le terrain depuis tant d'années. Cette maison est pleine de tant de choses qui n'ont pas de prix mais une vente aux enchères -très spéciales - en fixera pourtant un.

Avec trois fois rien et un peu de temps, Manuel Poirier n'a pas son pareil pour donner une authenticité aux personnages, éclairer leurs failles et leurs petites tragédies intimes, donner une matérialité à ce qu'ils ont de plus profond.

Ainsi cette maison vide se trouve incroyablement habitée par les fantômes des différents protagonistes. Cette maison fait apparaître sous un angle différent les deux lignes de force de toute l'oeuvre de Poirier. De "Western" à "Chemin de traverse", il est le cinéaste de l'errance. Et voilà qu'il réalise tout un film autour d'une maison, histoire de souligner sans doute qu'il existe deux types d'hommes, ceux qui ont des racines et ceux qui n'en ont pas, et que cela conditionne l'avenir d'un enfant aussi fort que le rapport à ses parents, l'autre thème dominant de toute la filmographie de Poirier.

Le désarroi de Sergi

Il faut voir cette façon dont Poirier cadre le bâtiment, la place qu'il laisse au spectateur d'investir lui aussi cette maison, de s'interroger, de se confronter lui-même aux deux thèmes.

Jamais Poirier ne se prend la tête, ses personnages sont trop concrets, c'est leur chair qui tremble, leur coeur qui vibre, leur émotion qui se communique directement au spectateur. Peut-être un peu moins fort cette fois-ci. Pourtant Sergi Lopez est magnifique. A plus de quarante ans, il dégage le désarroi, la fébrilité d'un adolescent.

Est-ce un récit un rien plus scénarisé que d'ordinaire, un casting un peu trop professionnel ? Toutefois, maison vide n'aura jamais été aussi habitée. Et l'émotion immobilière aussi intense.

Savoir Plus

Scénario & réalisation : Manuel Poirier. Image : Pierre Milon. Musique : Lhasa. Montage : Simon Jacquet. Production : Michel Saint-Jean. Avec Sergi Lopez, Bruno Salomone, Bérénice Bejo, Barbara Schulz... 1 h 35.

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