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Délice Paloma* *

La chute de Mme Aldjéria

H. H.

Mis en ligne le 10/10/2007

Nadir Moknèche filme une Algérie populaire, aux prises avec la corruption

Sur des images dures d'une vieille femme qui sort de prison, une chanson envoûtante... "Je pense à toi, Paloma..." Ce raï amoureux ne nous quittera plus, sorte de piqûre de rappel au spectateur pour lui rappeler le destin funeste de M me Aldjéria. Dehors, une voiture l'attend : dedans, sa soeur sourde et muette et une jeune femme voilée, qui ne lui renvoient que sa propre solitude. Refusant de rentrer dans le rang comme elles, M me Aldjéria retourne seule dans son ancien appartement. Flash-backs...

Construit par de constants allers et retours entre le présent douloureux de cette femme et un passé glorieux, "Délice Paloma" décrit une tranche de vie de l'Algérie d'aujourd'hui. Si est encore évoquée la période du terrorisme, l'histoire se situe ici en 2003, à la fin de la décennie noire. Alger est une capitale prospère, où se multiplient les investissements étrangers. Dans ce contexte, qu'est-ce qui a bien pu pousser Mme Aldjéria à sa perte ? C'est qu'elle s'était autoproclamée "bienfaitrice nationale" ! Besoin d'une fille pour se sentir moins seul ? D'un permis de construire ? D'une filature pour un mari volage ? Mme Aldjéria est là pour subvenir, contre rémunération, à tous ces petits besoins...

Maquerelle flamboyante

A travers le portrait de cette maquerelle flamboyante, matinée d'un soupçon de détective privée, c'est évidemment celui de cette Algérie moderne que dessine Nadir Moknèche dans son troisième film. Allégorie des petites gens qui doivent trafiquer un peu pour s'en sortir, Mme Aldjéria est à mille lieues des clichés de la femme arabe. Libre, rebelle, elle boit, elle fume, elle s'en sort seule, en marge de la société traditionnelle. Une liberté qui la mènera à sa perte. Voulant réaliser un dernier rêve, racheter les Thermes de Caracala qui ont bercé son enfance, Mme Aldjéria s'attaque à trop gros pour elle...

Film français, réalisé par un Algérien exilé à Paris, "Délice Paloma" est difficile à saisir. Tantôt nostalgique d'un passé colonial - Délice Paloma, c'est le nom d'un dessert au parfum de jasmin servi à "La fleur du jour", pâtisserie française d'Alger -, faisant tantôt appel au passé antique de son pays, tantôt filmant un Alger en pleine mutation, Nadir Moknèche tente de reconstruire une identité algérienne malmenée par dix années de guerre civile.

Après "Le harem de Mme Osmane" en 2000, "Viva l'Aldjérie" en 2004, le cinéaste retrouve une nouvelle fois son actrice fétiche Biyouna. Ancienne danseuse de cabaret, comique à succès, chanteuse, elle possède en elle cette âme de femme libre. Elle ne se contente pas d'incarner Mme Aljéria, elle est cette vieille femme indigne qui se bat pour sa dignité et celle de ses enfants. Qu'il s'agisse de son fils Riyad ou de ses "filles", Shéhérazade (magnifique Nadia Kaci) et la douce Paloma.

Dommage que Moknèche pèche parfois par excès de confiance en son cinéma, allongeant un peu la sauce - le film fait plus de deux heures... - à coups de scènes inutiles ou redondantes.

Savoir Plus

Scénario & réalisation : Nadir Moknèche. Production : Richard Allieu. Photographie : Jean-Claude Larrieu. Musique : Pierre Bastaroli. Montage : Ludo Troch. Avec Biyouna, Nadia Kaci, Aylin Prandi, Daniel Lundh... 2h14.

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