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There Will Be Blood****
L'enfer de la cupidité
H. H.
Mis en ligne le 20/02/2008
Une claque... Il est de ces films dont on ne sort pas indemne, totalement remué par ce qui vient d'exister à l'écran. "There Will Be Blood" est de ceux-là. Plus qu'un film, il s'agit, en effet, d'une véritable expérience à vivre avec ses tripes : deux heures et demie durant lesquelles le temps semble suspendu... Une fois le choc passé, on y revient sans cesse, et l'on ne manque pas d'être ébloui par le talent qui explose dans chaque image. Celui de Daniel Day-Lewis bien entendu - qui a déjà remporté le Golden Globe et qui, sans trop de surprise, devrait décrocher l'Oscar -, extraordinaire de densité et de profondeur, mais aussi le talent de Paul Thomas Anderson. Jamais l'ex-enfant chéri d'Hollywood n'avait à ce point impressionné par la facilité déconcertante avec laquelle il manie la caméra.
Pourtant, ses fans risquent une nouvelle fois d'être déconcertés, décontenancés par son dernier opus. Découvert avec le génial "Boogie Night" (1997), révélé au grand public avec le magnifique "Magnolia" (1999), le bonhomme aurait pu continuer dans la voie qu'il semblait s'être tracée sur les pas d'un Robert Altman. Pourtant, le bonhomme tournait le dos à son propre style en 2002, en livrant une comédie romantique décalée, "Punch-Drunk Love".
Les germes de la destruction
Le revoici donc avec quelque chose de totalement différent, l'adaptation très libre du roman "Oil !", publié par Upton Sinclair (1878-1968) en 1927. Quatre-vingts ans ont passé et pourtant, PTA est parvenu à rendre cette histoire totalement actuelle. En effet, ce n'est pas l'aspect social, la bagarre des syndicats au coeur du roman, qui intéresse PTA, mais bien autre chose, de plus subtil, un sentiment crépusculaire presque indicible... En revenant sur les tout débuts de l'industrie pétrolière californienne à travers le destin d'un de ses premiers "tycoons", Daniel Plainview, le cinéaste montre à quel point elle portait en elle les germes de sa propre autodestruction.
Le titre ne laisse d'ailleurs pas de doute : "There Will Be Blood", il va y avoir du sang ! Dès le départ, l'histoire de l'industrie pétrolière a, en effet, été marquée par d'effroyables luttes de pouvoir, par l'avidité, par une concurrence acharnée. Au sommet du progrès au début du XIXe siècle, elle a su accompagner l'évolution du capitalisme moderne, concourant à faire de l'argent une valeur en soi.
Cette déification de l'argent, Paul Thomas Anderson la met frontalement en scène, à travers le personnage de l'opposant à Plainview, le jeune pasteur ambigu Eli Sunday (Paul Dano). S'il tente de faire régner un brin d'humanité sur ses terres, où le futur magnat est venu installer un derrick, l'évangéliste n'est pas sourd non plus aux sirènes de l'argent, nécessaire pour construire des routes, ouvrir des écoles... Mais chez Paul Thomas Anderson, il n'y a ni bons ni méchants, il n'y a que de la mesquinerie, de l'envie. Bref, il n'y aura que du sang...
Un sang qui coule toujours aujourd'hui, dans les conflits qui déchirent le Moyen-Orient, dans l'invasion américaine en Irak, mais aussi dans la destruction de l'environnement. Ce n'est pas un hasard si, en toute fin de générique, PTA précise que son film n'a pas surconsommé de CO2...
Encore plus expérimental
Si le discours du cinéaste est affûté et le langage qu'il emploie l'est tout autant. Au premier regard, "There Will Be Blood" apparaît comme un projet totalement à part dans la filmographie d'Anderson, on y verra plutôt une évolution logique. Dans la foulée de "Punch-Drunk Love", PTA pousse un peu plus loin encore son goût pour l'expérimentation. "There Will Be Blood" ne ressemble, en effet, plus tout à fait à un film. Peu bavard, il se concentre avant tout sur la tension, la profondeur, sur les atmosphères.
Et pour ce faire, Anderson a, une fois de plus, misé sur la musique. Cette fois, il a laissé carte blanche à Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead, pour lui créer une série de paysages musicaux envoûtants, oppressants... Ils viennent habiller les images époustouflantes du directeur photo Robert Elswit. Si l'on est clairement dans le cadre d'un western, sa photographie ne cherche jamais à magnifier les paysages, mais plutôt à les rendre presque plats, froids. De sorte que la fascination pour la beauté ne vienne jamais troubler l'attention du spectateur sur la tragédie.
Savoir Plus
Scénario & réalisation : Paul Thomas Anderson (d'après le roman "Oil !" d'Upton Sinclair). Photographie : Robert Elswit. Musique : Jonny Greenwood. Montage : Dylan Tichenor. Avec Daniel Day-Lewis, Ciarán Hinds, Paul Dano... 2 h 38.
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