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Cinéma
Adieu Lamy
Fernand Denis
Mis en ligne le 17/04/2008
Cinq ans plus tard, l'onde de choc de mai 68 continuait donc de vibrer dans les endroits les plus improbables. Ainsi, dans un home bruxellois, Jules, un séducteur dans son genre, conduisait la révolte contre la directrice ayant transformé l'établissement en caserne. Soutenu par des têtes grises permanentées, Jules allait dresser des barricades... sur les toits et bombarder de tuiles les représentants de l'ordre. Pas de "Sous les pierres tombales, la plage", ni de "Il est interdit de vieillir" chaulés sur les murs de la maison de retraite mais l'esprit de 68 y soufflait, l'autorité sera déboulonnée, remplacée par une gestion collective. L'esprit belge était bien là aussi, celui des zwanzeurs, dans la tradition du cinéaste Gaston Schoukens et de ses interprètes haut en couleurs nationales, accent compris : les savoureux Marcel Josz, Jacques Lippe et la féroce Ann Petersen.
"Home sweet home" fut un énorme succès en Belgique mais aussi à l'étranger, célébré par une quinzaine de prix internationaux. En Russie, les Moscovites faisaient la file pour découvrir le premier film de ce réalisateur belge de 28 ans, Benoît Lamy, qui vient donc de disparaître des suites d'une longue maladie.
Né à Arlon en 1945, Benoît Lamy tourne ses premiers petits films avec une caméra 8 mm, dès l'âge de 11 ans. Tout naturellement, il suit des études de réalisation à l'IAD. A peine sorti, il est embauché par Pasolini. Il devient assistant réalisateur, travaille pour la télé, tourne un court métrage, collabore avec Picha et tente de faire produire son scénario original. C'est Jacques Perrin qui permettra au projet de se monter avec un succès inattendu.
Quatre ans plus tard, en dépit du triomphe critique et public, Benoît Lamy éprouve encore des difficultés à financer son script suivant. C'est que le cinéma populaire n'est pas... populaire auprès du pouvoir subsidiant où l'on préfère les auteurs et se gratter le nombril. Mais Benoît séduit Annie Girardot, alors au sommet du box-office français. Il poursuit dans sa veine truculente avec une autre comédie d'appellation d'origine contrôlée : "Jambon d'Ardenne". Soit la version wallonne d'un célèbre drame shakespearien. Alors que tout baigne entre la fille de la friterie et le fils de l'hôtel, les mamans respectives, Ann Petersen et Annie Girardot se crêpent le chignon et s'arrachent les clients. Malheureusement, la mayonnaise ne prend pas.
Go, le film qu'il ne fera jamais
Retour à la télé et à l'IAD mais comme prof pour Benoît qui rêve d'un film radicalement différent : l'odyssée de Stanley sur le fleuve Congo. Nom de code : "Go". Car Stanley n'arrêtait pas de crier "go" à ses porteurs et aussi parce que "Go" est un suffixe signifiant lien en lingala. Longo, c'est le mariage, et Congo la rivière.
Benoît n'a pas de racines coloniales comme tant de compatriotes, l'Afrique centrale est entrée dans sa vie par hasard, des membres de sa famille ont épousé des Zaïroises. Le projet "Go" avance bien, Sean Connery a donné son accord, mais le matabiche réclamé par le président Mobutu est exorbitant et la production capote. Dès lors, il décide de tourner le scénario de Ngangura Mweze, un ancien étudiant de l'IAD qu'il revoit régulièrement. En 87 sort "La vie est belle", une comédie africaine et musicale, tableau truculent de la vie à Kinshasa emmené par Papa Wemba en lointain cousin de Scapin.
Si Benoît Lamy ne quitte pas le cinéma, il s'active désormais du côté de la production, du documentaire et de la publicité. Il faudra attendre dix ans, 1997, pour le voir signer un nouveau film "Combat de fauves". Une comédie... cruelle, cette fois. Il y a quelque chose de jouissif à voir un prédateur économique se faire piéger dans un ascenseur, à le regarder se débattre, à le voir faire connaissance avec un inconnu : lui-même. Le changement de registre est total avec cette fable moderne suspendue entre troisième et quatrième étage. Bohringer y braillait un peu trop mais pas assez pour empêcher le charme d'Ute Lemper d'agir.
Quatre films, ce n'est pas beaucoup mais Benoît Lamy a marqué le cinéma belge de ses succès, de sa singularité, de son tempérament, de son originalité, de son énergie, de ses enthousiasmes et de sa chaleur humaine. Quatre films et un fantôme, celui de Stanley. Après avoir vaincu une première fois la maladie, Benoît Lamy espérait toujours dire "Go". Soutenu comme au premier jour par le fidèle Jacques Perrin, il avait relancé la production et confiait à Philippe Reynaert dans un "Envers de l'écran" que Sean Connery n'avait pas mangé sa parole, s'il ne pouvait plus incarner Stanley, il était prêt à se coller la grande barbe de Léopold II. Benoît travaillait aussi au montage des exploits pâtissiers de Noël Godin, cinquante heures de pellicule, ce n'est pas de la tarte.
Adieu Lamy !
"Home sweet home "et "Jambon d'Ardenne" ont été édités en DVD par Melimédias. Ils sont disponibles, notamment sur www.cinergie.be.
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