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Le 61e festival de Cannes
Woody Allen n'aime pas les "artistes"
Fernand Denis
Mis en ligne le 23/05/2008
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Sean Penn sera sans doute satisfait de son séjour à Cannes. Il demandait des fenêtres ouvertes sur le monde, le courant d'air planétaire était au rendez-vous. Une femme qui élève son bébé en prison en Argentine ("Leonora"), quatre demi-frères confrontés à un avenir bouché comme un évier au Brésil ("Linha De Passe"), le cynisme de la mafia napolitaine "Gomorra"), la vie quotidienne d'une famille tenant un cinéma porno à Manille ("Servis"), ou un mariage blanc en Belgique, autant de vies asphyxiées, broyées, manipulées; oui, il existe un monde au-delà de BHV.
Et tous ces films ne sont pas, heureusement, sans conséquences sur le moral. C'est là que Woody Allen entre en scène, pour éviter de sombrer dans la sinistrose, car il n'existe pas d'ombre sans lumière, pas de drame poignant sans comédie pétillante, mais néanmoins profonde.
Sombre dans ses derniers films, particulièrement "Cassandra's Dream", Woody Allen retrouve sa veine comique et sentimentale dans "Vicky Christina Barcelona".
Deux jeunes Américaines viennent passer l'été dans la ville de Gaudi. L'une est réservée et l'autre provocante. L'une est sur le point de se marier, l'autre prête à toutes les aventures. L'une sait ce qu'elle veut et l'autre ce qu'elle ne veut pas. L'une est brune et classieuse, l'autre est blonde et platine, l'une est Rebecca Hall et l'autre Scarlett Johansson. Leur rencontre avec Javier Bardem, peintre en vue précédé d'une réputation sulfureuse, va perturber la polarité des deux amies, installer une tension, amplifiée par l'arrivée de l'ex-épouse, Penelope Cruz. De quoi trousser une comédie qui s'interroge à la fois sur la mystérieuse logique de l'amour et sur l'inspiration chez l'artiste.
Les lunettes plus grandes que jamais, le cheveu en bataille, Woody Allen, toujours plus frêle à chaque apparition, déborde néanmoins de vivacité, à l'image des personnages de son film.
Un artiste, comme le peintre du film, doit-il toujours voler un peu un autre artiste pour créer ?
Non, c'est un sentiment que je n'ai jamais éprouvé. En revanche, je trouve que la société accorde trop d'importance aux artistes. Elle leur pardonne tout. Un artiste est un artiste parce qu'il est né un artiste. Comme on naît grand, avec une peau noire ou avec des cheveux roux. Il n'y a aucun mérite, c'est juste de la chance. On traite les artistes comme s'ils étaient des dieux, on leur trouve toutes sortes d'excuses. Pour moi, c'est absurde de dire qu'un artiste doit être égoïste, ou qu'il est si passionné quand il brutalise quelqu'un. J'ai toujours trouvé que les artistes étaient trop gâtés, qu'on était trop indulgents avec eux. Etre instituteur, enseigner aux enfants toute la journée est un travail dur, mal payé. Un stupide acteur jouant dans un film rempli d'accidents de voitures ou de blagues de toilettes reçoit parfois 10 millions ou 20 millions de dollars alors que quelqu'un qui fait quelque chose de vraiment utile à la société ne reçoit rien, ni argent, ni reconnaissance.
Traitez-vous vos acteurs comme des artistes ?
Non, je n'ai aucune patience avec les acteurs qui se comportent comme des "artistes". D'ailleurs, avant de proposer un rôle à un comédien, je me renseigne. Si cet acteur, cette actrice, s'est comporté comme une diva sur ses précédents tournages, je ne l'engage pas. Vous savez, c'est dur de faire un film. Même quand tout le monde fait de son de mieux, c'est difficile; alors quand il y a des divas, des caractériels sur le plateau, cela devient impossible. Et franchement, j'ai eu beaucoup de chance, j'ai fait beaucoup de films mais je n'ai pratiquement jamais dû faire face à cela.
Il n'y a jamais de problèmes pendant vos tournages ?
Franchement, la plupart du temps, tout le monde s'entend bien et c'est tout même plus agréable de travailler dans ces conditions-là. C'est vrai, tous les dix films environ, il y a un tournage qui se passe moins bien. En fait, les problèmes surgissent à deux endroits. Soit avec le costume, la coiffure, le maquillage qui ne plaît pas au comédien. Soit à la production qui coince à cause de demandes exagérées d'un acteur qui veut faire voyager son chien en première classe ou faire venir son beau-frère. Mais c'est rare.
Mais les problèmes peuvent surgir de l'extérieur, avec les paparazzi.
Mais il ne s'est rien passé entre Javier Bardem et Penelope avant la fin du film. Ils sont très professionnels et, franchement, le rythme de travail était tel qu'il n'y avait pas le temps de sortir le soir. Tout à la fin, il s'est peut-être passé quelque chose, mais je l'ai appris comme vous, dix mois plus tard, par les journaux (rires)...
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