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Festival de Cannes

Bienvenue chez le "Che"

F.Ds

Mis en ligne le 23/05/2008

"Che", réalisé par Soderbergh, était l'autre film événement. D'une durée de 4 heures, il n'aurait jamais dû voir le jour.

Ce n'était pas la folie, la bousculade d'"Indiana Jones", mais on n'en était pas loin. On se pressait à nouveau massivement pour découvrir ce film de Steven Sorderbergh, extraordinaire avant même d'être projeté. Extraordinaire par son sujet : la biographie d'une légende du XXe siècle. Extraordinaire par sa longueur : 4 h 28, on ne se souvient pas d'avoir vu un film aussi long en compétition depuis "La Belle Noiseuse", qui en faisait quatre. Extraordinaire par son histoire : en chantier depuis 1999, le film devait être tourné à l'origine par Terrence Malick qui avait rencontré le Che en Bolivie. Enterré plusieurs fois - aucun studio américain ne voulant mettre 1 dollar -, il fut à chaque fois déterré par la pugnacité de sa productrice Laura Bickford et son acteur Benicio Del Toro. Extraordinaire par son suspense : quatre mois pour monter, mixer 268 minutes. Le film serait-il prêt ? Il ne manquait que le générique.

"Che", qui devrait sortir en deux parties, l'une en octobre, l'autre en novembre, est un véritable diptyque. Le premier volet monte en parallèle le discours politique fameux d'Ernesto Che Guevara à l'Onu en 1964, d'une part, et d'autre part les années de guérilla (57 et 58) aux côtés de Fidel Castro pour conquérir le pouvoir. A New York, le Che développe son argumentaire idéologique. A Cuba, on voit comment une poignée d'hommes vont réussir une véritable révolution et prendre le contrôle d'un pays. Soderbergh expose de façon presque pédagogique le parcours du combattant dans la jungle : comment on dresse un camp de base, comment on entraîne les hommes, comment on applique, démocratiquement, une discipline tant militaire qu'éthique.

Le deuxième volet constitue, en quelque sorte, une sorte de reflet polarisé, aux couleurs inversées du premier. Après avoir été ministre à Cuba, le Che débarque secrètement en Bolivie pour former un petit groupe à la lutte armée et étendre la révolution castriste à toute l'Amérique latine. Mais ce qui fonctionnait à Cuba ne fonctionne plus du tout en Bolivie. Il échoue à fédérer les forces d'opposition, à médiatiser son combat, à gagner la sympathie des paysans et des mineurs. Toutefois, rien ne peut le faire reculer, renoncer à son idéal. Tel un Christ à la volonté implacable, il affronte chaque étape de son calvaire en connaissance de cause. "Che" ne devrait pas laisser Sean Penn indifférent, mais laisse toutefois une impression d'inachevé.

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