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Le 61e festival de Cannes

Une nouvelle palme pour les Dardenne?

Fernand Denis

Mis en ligne le 24/05/2008

Une troisième Palme d'or pour les Dardenne ? Aucun concurrent ne s'étant détaché, un peloton groupé déboulera demain, sur le boulevard de la Croisette. Et le tandem pourrait surprendre tout le monde, comme d'habitude.
Envoyé spécial à Cannes

A l'heure d'écrire ces lignes, les jeux ne sont pas encore faits, tous les films n'ont pas encore été projetés. Et le festival a pour habitude de combattre la fatigue des festivaliers en conservant ses meilleures cartouches pour la dernière ligne droite, remember "Rosetta" ou "In the mood for Love". Cette fois, on compte sur Wenders et Laurent Cantet pour finir en beauté la compétition. Elle fut d'un haut niveau moyen si on en croit les tableaux des étoiles publiés par les magazines professionnels où la moitié des films obtiennent 2,5 (sur 4) et plus. Avec "2,7", le tandem des Dardenne fait la course en tête, de front avec quatre autres dont Clint Eastwood, précédé seulement par "Les trois singes" du Turc Nuri Bilge Ceylan (2,8). Généralement, un film ou deux se détachent, mais pas cette année. Nombreux sont donc les réalisateurs qui peuvent rêver de palme.

Dès lors, les personnalités du jury seront déterminantes, particulièrement, celle de son président, Sean Penn, ayant manifesté son intention de livrer un palmarès riche en films engagés.

Voici donc un scénario parmi d'autres pour dimanche soir.

Traditionnellement, on commence par attribuer le prix du jury. Très proche du documentaire et d'une force dramatique saisissante, "Gomorra" est une réponse terrifiante à la question : pourquoi Naples est-elle devenue la poubelle ville d'Italie. Matheo Garrone fait figure de Francesco Rosi d'aujourd'hui.

Prix du scénario. Forcément Charlie Kaufman est tête de liste avec "Synecdoche, New York". Le scénario d'Atom Egoyan (Adoration) est sinueusement virtuose aussi. Celui de Walter Salles (Linha de passe) ficèle habilement le destin de quatre demi-frères. Et pourquoi pas "Le silence de Lorna" des Dardenne admirablement construit et singulier par sa grande ellipse.

Le Prix de la mise en scène pourrait saluer le travail jubilatoire réalisé par Paolo Sorrentino autour de la personnalité de Giulio Andreotti. On rêve de voir un de nos cinéastes s'emparer d'un Daerden, d'un Cools, d'un Van Cau avec autant de courage et d'invention. A l'autre extrême, le traitement plastique de l'image par Nuri B. Ceylan est fascinant.

Les prix d'interprétation. Cette année, c'est chez les hommes que la bagarre est la plus intense. Benicio del Toro a la cote, non seulement pour sa performance mais aussi pour son engagement dans le rôle du Che. Cette légende de l'engagement politique au XXe siècle ne doit pas laisser Sean Penn indifférent. Dommage pour Joaquin Phoenix, tour à tour touchant et drôle, fébrile et incandescent dans "Two Lovers" de James Gray. Tony Servilo fait une composition épatante de saurien de la politique dans "Il Divo". Mathieu Amalric est comme toujours unique dans "Un conte de Noël" de Desplechin. Philip Seymour Hoffman a la sagesse du profil bas en incarnant le metteur en scène de "Synecdoche". Enfin, Jérémie Rénier est un tox mémorable, mais son rôle est sans doute trop court. Chez les filles, ce sont deux inconnues contre deux superstars. Arta Dobroshi, la dernière découverte des Dardenne, et Hatice Aslan vibrante interprète de Nuri Bilge Ceylan, d'une part. Et de l'autre, Catherine Deneuve qui parvient encore à surprendre dans "Un Conte de Noël" et Angelina Jolie, pourtant limite crédible dans le Eastwood.

Le grand prix du jury va habituellement à une oeuvre pointue, novatrice. On ne voit pas, avec Marjane Satrapi dans le jury, comment il pourrait échapper à "Waltz with Bashir", documentaire d'animation consacré au massacre de "Sabra et Chatila".

La Palme, enfin. Comme aucun film ne se détache, elle pourrait couronner une oeuvre, un auteur. Dans ce cas, Clint Eastwood l'emmènerait chez lui à Carmel. "L'échange" est une parfaite définition de la Palme d'or, un film d'auteur s'adressant au public le plus large. Eastwood y creuse ses thèmes - vérité, compassion pour la victime, lutte du citoyen contre le pouvoir - dans un style tellement classique qu'il en devient intemporel comme les sujets abordés. Une palme d'or "total respect".

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