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Le 61e Festival de Cannes
La Palme d'or, c'est la classe
Fernand Denis
Mis en ligne le 26/05/2008
A quand les statistiques? Les Dardenne confirmeront: être le dernier film projeté en compétition peut constituer un petit avantage qui a fait, cette fois, la différence en faveur de Laurent Cantet. De telles statistiques permettraient sans doute de faire apparaître un record, celui des Dardenne, les seuls cinéastes à avoir été primés à chacune de leur participation. Et leur nouveau prix, celui du scénario, récompense très justement une histoire admirablement construite, sans gras, un implacable thriller social et moral qui permet aux Dardenne d'avancer dans leur travail.
On attendait un palmarès politique. D'une certaine manière, Sean Penn a précisé ce qu'il entendait par là: pas un discours mais la façon dont les idéologies, les systèmes politiques affectent la vie des hommes.
"Est-ce ainsi que les hommes vivent ?" se demandait Aragon. C'est ainsi que vit Lorna, à Liège, une jeune fille venue du Kosovo, déterminée à conquérir une existence meilleure en ouvrant un snack. C'est ainsi que vit à Sao Paulo, une mère célibataire de quatre enfants de pères différents et dont l'avenir semble aussi bouché que l'évier de sa cuisine. Ce rôle a valu à la Brésilienne Sandra Corveloni, héroïne de "Linha de Pass" de Walter Salles, un prix d'interprétation inattendu mais pas usurpé.
C'est ainsi que le "Che" a dû vivre, une vie de révolutionnaire qui n'avait rien de glamour. Impeccable, Benicio del Toro possède à la fois l'aura et l'humanité de son personnage. Est-ce ainsi que des familles entières vivent à Naples, hors de la société, sous la loi de la mafia? L'italien Matteo Garrone le montre avec une fiction d'une puissance documentaire formidable. C'est exactement la même qu'on retrouve dans la Palme attribuée au Français Laurent Cantet. Dans "Entre les murs", il met en scène le quotidien d'un professeur et de sa vingtaine de jeunes venus des quatre coins du monde. Adapté du livre de François Bégaudeau, joué par son auteur et des ados dans leur propre rôle, "Entre les murs" 'est à la fois un instantané et une synthèse équilibrée du challenge auquel est confrontée notre société chaque jour plus multiculturelle.
Et le cinéma dans tout cela? Hé bien, Laurent Cantet trace une nouvelle limite entre réalité et fiction, de même d'ailleurs que le réalisateur de "Gomorra". Si le portrait de Giullio Andreotti par Paolo Sorrentino est visuellement plus époustouflant, le prix du jury récompense aussi un réalisateur qui se sert de la caméra pour traquer l'humanité d'un individu, impassible en l'occurrence .
Le jury pouvait difficilement passer à côté du travail plastique exceptionnel de Nuri Bilge Ceylan, mais on regrette qu'à apport formel égal, il ne lui ait pas préféré "Waltz with Bashir", étonnant documentaire d'animation.
Toutefois, la vraie fausse note de ce palmarès d'une parfaite cohérence - même si d'autres cohérences et d'autres palmarès étaient possibles -, c'est ce ridicule prix de consolation du 61e anniversaire, attribué à Catherine Deneuve et Clint Eastwood, deux géants qui n'en avaientpas besoin.
Sean Penn peut être fier de son palmarès, qui lui ressemble, qui ressemble à son engagement et qui est aussi représentatif de la lame de fond du festival de Cannes. Quiconque verra les films primés aura des réponses pertinentes à la question : est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Savoir Plus
Palmarès 2008
Palme d'or : "Entre les murs" de Laurent Cantet.
Grand Prix : "Gomorra" de Matteo Garrone.
Prix spéciaL du 61e Festival de Cannes : Catherine Deneuve ("Un conte de Noël") et Clint Eastwood ("L'échange") pour l'ensemble de leur carrière.
Prix de la mise en scène : Bilge Ceylan pour "Les trois singes".
Prix du Jury : "Il divo" de Paolo Sorrentino.
Prix d'interprétation masculine : Benicio Del Toro pour "Che" de Steven Soderbergh.
Prix d'interprétation féminine : Sandra Corveloni pour "Linha de Passe" de Walter Salles et Daniela Thomas.
Prix du scénario : Jean-Pierre et Luc Dardenne pour "Le Silence de Lorna".
Caméra d'or : "Hunger" de Steve McQueen. Mention spéciale : "Ils mourront tous sauf moi" de Valéria Gaï Guermanika.
Palme D'or du court métrage: "Megatron" de Marian Cuisan. Mention spéciale : "Jerrycan" de Julius Avery.
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