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Valse avec Bashir **
"Il est temps d'explorer de nouveaux champs"
A.Lo.
Mis en ligne le 10/09/2008
Quand avez-vous décidé de traiter "Valse avec Bashir" sous forme de film d'animation ?
Dès le début également. J'ai pensé à tous les éléments que je devrais placer dans les films, les cauchemars, la dimension inconsciente, la peur de la mort, les hallucinations liées à la drogue... Je ne voyais vraiment pas comment aborder cela de façon classique. Et plus globalement, je suis fatigué des formats, des formules toutes faites. C'est d'ailleurs à cause des formats que j'ai mis si longtemps à réaliser ce projet - parce qu'il ne rentre dans aucune catégorie. Mais qui peut dire, à la place d'un réalisateur, qu'elle est la meilleure forme pour traiter son sujet ? Ce fut un cauchemar. J'ai dû emprunter à toute ma famille pour mener ce film à terme. Il est temps d'explorer de nouveaux champs.
A la base, vous n'avez pourtant pas d'expérience en cinéma d'animation.
Non, mais l'une des dernières séries documentaires sur lesquelles j'ai travaillé recourrait à l'animation. C'est une série sur des histoires d'amour. J'avais demandé à des scientifiques de parler d'aspects scientifiques de l'amour. Comme cela créait un fossé énorme avec les témoignages, j'ai pensé à traiter les aspects scientifiques sous forme de séquences animées. C'était de l'animation flash, très basique, mais ça marchait très bien. Et je suis tombé amoureux du médium. Je ne pourrais sans doute rien faire d'autres avec quelques années, avant d'avoir explorer tous ses aspects. J'ai créé mon propre studio - The Bridget Fonda Film Gang. Pour ce film, l'ensemble de l'équipe était très jeune. Beaucoup étaient tout juste diplômés. Et c'est le premier long métrage d'animation jamais fait en Israël. Le directeur de l'animation a mis au point une technique particulière pour l'animation.
Connaissez-vous le travail du dessinateur américain Joe Sacco ?
Bien sûr. Bien sûr. Je suis influencé par les romans graphiques. Ceux de Joe Sacco sont des oeuvres puissantes. D'ailleurs, nous allons maintenant adapter mon film sous forme de roman graphique, avec un traitement légèrement différent. C'est l'éditeur américain de Joe Sacco qui va le publier. Il vient de m'annoncer qu'il avait notamment vendu les droits en France.
Il est surprenant, combien certaines scènes rappellent celles de classiques du cinéma de guerre - alors que c'est la réalité.
Il y a, en réalité, des hommages, comme la scène de surf, qui renvoie à "Apocalypse Now" - nous ne savions pas surfer. Et puis, il y a la scène du sniper. Celle-là évoque directement "Full Metal Jackett". La scène du film de Kubrick est, à mes yeux, la meilleure scène de guerre jamais réalisée. Je l'ai vue à la fin des années 80, sept ans après la fin de la guerre. Et je n'avais rien vu qui ressemble autant à la réalité que celle-là. Je l'ai montrée une dizaine de fois aux animateurs de mon film. Pour eux, cette scène n'aurait dû durer qu'une minute à l'écran - ils sont de la génération Internet, tout doit aller vite. Je voulais qu'ils comprennent que le rythme de cette scène devait s'étirer, durer, parce que c'est comme ça qu'on ressent les choses quand ça se passe et que vous voyez un de vos compagnons se faire tirer dessus.
La structure du film s'appuie uniquement sur les souvenirs. C'était là aussi d'emblée votre idée ?
Je voulais que le public entre dès le début dans un voyage, dans un univers qui lui soit totalement étranger. La scène d'ouverture, avec les chiens, est la dernière que nous avons réalisée. Je voulais dès le début happer le spectateur. Et aussi parvenir à construire un récit où, bien que l'histoire soit connue, le spectateur ne puisse jamais savoir à quoi s'attendre.
Pourquoi terminer avec des images d'actualité du massacre à la fin ?
Je voulais éviter que les gens, en sortant, se contentent de dire : voilà un grand film d'animation, bien réalisé, avec un beau graphisme. Je voulais revenir sur la dimension réelle des faits rapportés. Ces images, me semble-t-il, mettent tout le film en perspective.
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