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Valse avec Bashir* * * *
Valse avec Bashir: Mémoires d'une sale guerre
A.Lo.
Mis en ligne le 10/09/2008
C'est un soir, dans un bar, il y a quelques années, qu'un ancien compagnon d'armes raconta à Ari Folman un souvenir récurrent : il est poursuivi dans une ruelle par des molosses. Une séquence qui ouvre le film et dont la source est à chercher dans un souvenir de guerre. Troublé, Ari Folman commence à interroger ses propres rêves. Il se rend compte qu'une part des souvenirs de son temps, dans l'armée israélienne, durant la guerre du Liban, en 1982, est refoulée. S'interrogeant sur les faits, il part interviewer d'autres vétérans. Commence une quête qui devait le ramener à extirper le souvenir de son rôle dans les massacres de Sabra et Chatila.
"Valse avec Bashir" est donc un double voyage, périple à l'intérieur des traumatismes de jeunes hommes confrontés à la guerre, ses violences et ses absurdités, et rappelle historique d'une "sale" guerre. Faute de pouvoir illustrer par des images réelles les propos de ses frères d'armes, souvenirs personnels et réflexions intimes, Ari Folman recoure au cinéma d'animation.
Sans véritable formation dans le domaine de l'animation (c'est d'ailleurs le premier long métrage d'animation israélien), qu'il mène son récit avec brio. Il use avec finesse des références, convoquant la mémoire collective des spectateurs via des plans qui ne sont pas sans évoquer des classiques du film de guerre - "Full Metal Jacket", "Apocalypse Now", notamment. Et comme ceux-ci, "Valse avec Bashir" est ponctué de brusques montées d'adrénaline, d'instants hallucinés, de touches poétiques... "Bachir" entretien avec "Persepolis" d'excellente mémoire, plus d'une analogie : récit autobiographique, centré sur une page d'histoire récente - liée au Proche-Orient, qui plus est. Mais à la différence de Marjane Satrapi, Folman use d'une voix plurielle. Et c'est à partir de non-souvenirs qu'il emplit peu à peu l'écran
Le graphisme, limpide, proche de ceux d'un Joe Sacco ou du Français Emmanuel Guibert, se double d'un remarquable travail sur les décors et les couleurs. Folman et son équipe ont su tirer profit de leurs maigres moyens et démontrent le potentiel de l'animation en flash sur grand écran.
Surtout, le réalisateur repousse les limites des deux genres qu'il intègre, le cinéma d'animation et le documentaire : dénués de l'image de leurs auteurs, les voix des témoins et leur récit acquièrent une force nouvelle. La dimension métaphorique, parfois surréaliste, de la mise en images confère à "Valse avec Bashir" une rare puissance, une force évocatrice qui redonne, aussi, à l'image animée ses lettres de noblesse.
Et, ponctuant son film avec les images d'actualités des conséquences du massacre, Folman ne fait pas aveu de faiblesse ni démonstration de voyeurisme : il rappelle qu'il ne s'agit pas d'une fiction, mais bien d'une page d'Histoire. Une parmi les plus sombres, comme bien d'autres guerres de représailles en ont livré. Une oeuvre de mémoire qui émeut.
Savoir Plus
Réalisation et scénario : Ari Folman. Direction artistique : David Polonsky. Montage : Feller Nili. Musique : Max Richter. 1h30.
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