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23e Festival du Film Francophone de Namur
Karin Viard, la nouvelle ère
Alain Lorfèvre
Mis en ligne le 03/10/2008
Entretien
S'il y a eu beaucoup d' "enfants" dans les films et dans les titres de la filmographie de Karin Viard (tels ceux "du siècle" de Diane Kuris), c'est leur absence qui donne à "Baby Blues", de la réalisatrice Diane Bertrand, son thème. Karin Viard y est une femme moderne, donc active et sans enfant à bientôt 40 ans, qui ressent l'urgence d'être mère alors que son compagnon et elle avaient toujours été d'accord pour ne pas avoir d'enfant. Entre quiproquos et séances chez le psy, le couple traverse une crise, mais une crise douce, un peu plan-plan - comme le cinéma de Diane Bertrand.
Comme actrice, avez-vous connu quelque chose de similaire à un "baby blues" ?
Non, pas vraiment. Le baby blues, je l'ai eu quand mes deux filles sont nées. Par contre, j'ai eu des moments de remise en question salutaires. A la fin d'un tournage, on peut ressentir une autre forme de blues. Surtout plus jeune. Un jeune acteur met toute sa vie dans le film. C'est difficile ensuite de retrouver sa vie quotidienne. Enfin, parfois, on joue des rôles qui sont tellement au-dessus de nous-même que ça nous porte. Après on revient à ce qu'on est, un peu veule, un peu pathétique, pas si génial.
Plusieurs scènes de "Baby Blues" sont des scènes de psychanalyse. Est-ce que jouer d'autres personnalités est une forme de thérapie ?
Oui, mais ce n'est pas tout à fait la même chose. Tout comme la psychanalyse fonctionne avec certaines personnes et pas avec d'autres, on a vu des acteurs devenir dingues après un rôle. Les effets varient d'une personne à l'autre. En ce qui me concerne, jouer me défoule. C'est une grande source d'équilibre pour moi de jouer les folles, les femmes qui tuent leurs enfants, qui ont cinquante amants. Toutes ces choses que je ne vis pas me permettent d'être plus tranquille. Et comme j'ai une bonne santé mentale, ça me va bien. Mais quand les gens sont fragiles psychiquement, cela peut être très destructeur.
Vous avez joué dans des comédies comme des films dramatiques, mais souvent des femmes à un moment charnière. Est-ce fortuit ?
Je crois que cela m'attire, mais je ne pourrais pas vous dire pourquoi. On trouve ce genre de dénominateur commun chez certains acteurs. Isabelle Huppert, par exemple, a pendant un certain temps exploré une forme de folie féminine qui semble l'intéresser. J'aime bien en règle générale ce qui anime les gens, ce qui fait le ciment d'une relation. Pourquoi on choisit telle personne plutôt qu'une autre. On ne choisit pas les gens complètement par hasard, mais on ne sait pas forcément pourquoi. Explorer cela m'intéresse, oui.
Vous faites partie des rares actrices qui jouent des personnages qui ont réellement leur âge.
Ah ? J'assume mon âge. Je n'ai pas envie de perdre du temps à ne pas l'assumer. Je vieillis comme tout le monde. J'espère qu'on continuera toujours à me proposer des rôles intéressants et de mon âge. Mais je n'échapperai sans doute pas à une période un peu difficile où je serai entre deux âges. La cinquantaine est plus difficile pour une actrice que la quarantaine. On verra. On en reparlera dans dix ans. Je pleurerai toutes les larmes de mon corps (rires).
Vous êtes remontée sur les planches cette année, pour la première fois depuis quinze ans. C'était le cinéma qui vous avait éloignée ?
Pas du tout. Je n'avais aucune envie de refaire du théâtre. Chat échaudé craint l'eau froide !
C'est-à-dire ?
J'ai travaillé quelques fois avec des gens délicieux mais j'ai aussi travaillé avec des cons et c'est intolérable. Ça m'a vacciné.
Vous n'avez jamais été confrontée à des "cons" au cinéma ?
Bien sûr, mais c'est plus court. Le tournage d'un film, ça dure deux mois maximum. Au théâtre, il y a les répétitions, puis on part en tournée. Cela peut devenir six à huit mois d'enfer. Non merci !
Qu'est-ce qui vous a fait revenir sur vos réserves ?
J'ai rencontré Marcial Di Fonzo Bo dans "Le Rôle de sa vie". J'ai vu une de ses mises en scène de théâtre, que j'ai trouvée formidable. Et quand il m'a proposé de jouer dans "La Estupidez", je me suis dit que si je n'acceptais pas, je ne retournerai jamais au théâtre. J'ai dit oui, sans trop savoir pourquoi. Et je n'ai pas du tout regretté. Je me suis su-per-a-mu-sée. J'ai adoré.
Ça vous a redonné le goût de la scène ?
Non. C'était seulement la bonne personne. En ce moment, c'est une période de renouveau. J'ai envie d'autre chose, sans très bien savoir de quoi.
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