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Two lovers ***
Fenêtre sur coeur
Fernand Denis
Mis en ligne le 24/12/2008
Pas de doute, on est chez James Gray. On est dans un quartier spécifique de New York – Brighton Beach –, dans une famille ethniquement marquée – juive –, où les traditions sont vivantes et parfois pesantes. Et puis, il y a Joaquin Phoenix qui doit faire un choix dès la première séquence : se laisser couler ou remonter ? Et il remonte (sinon, ce serait un court métrage), il fait le choix de la vie. Mais quelle vie ?
Leonard, 30 ans, peut-être plus, vit toujours chez ses parents. Ils sont d’autant plus “couvants” qu’ils sont paniqués par les instincts suicidaires de leur enfant unique aux poignets tailladés. D’autant plus étouffants, que leur appartement n’est pas bien grand. Le père tient une modeste teinturerie de Brighton Beach pour lequel Leonard travaillote. Après des tentatives malheureuses, douloureuses, Joaquin désespère trouver un jour l’âme sœur.
Les parents prennent même l’initiative en organisant la rencontre de Leonard et de Sandra. Elle est jolie, douce, aimante, et Leonard n’est pas insensible à son charme. Tout semble pouvoir s’arranger, professionnellement aussi, quand le hasard s’en mêle. Il s’appelle Michelle, blonde éblouissante tombée du ciel, qui l’aveugle et l’énergise à la fois, pulvérise sa coquille de mélancolie.
Passion blonde et raison brune
Après avoir vécu le cœur desséché dans un désert amoureux, voilà Leonard confronté à l’abondance, tiraillé entre la passion blonde et la raison brune, déstabilisé entre le vertige et la douceur, déchiré entre le glamour et le charme, entre Gwyneth Paltrow, si belle et dangereuse, et Vinessa Shaw, si belle et paisible. Laquelle Joaquin choisira-t-il ?
Pour allumer ce triangle basique, il n’existe qu’un moyen : le style. On connaît la maîtrise classique imprimée par James Gray à “Little Odessa”, “ The Yards” et “La nuit nous appartient”. Mais ce sont autant de polars, on est ici dans la passion amoureuse. Eh bien, le réalisateur va en quelque sorte muscler son mélodrame avec une tension de thriller, obtenant un suspense sentimental extrêmement stressant. Et la surprise, c’est que le mélodrame fonctionne encore mieux que le thriller, car James Gray fait apparaître les sentiments dans toute leur pureté, leur irréalité aussi. L’aveuglement est tel que le spectateur lui-même n’y voit plus clair, aussi déboussolé que le pauvre Leonard.
Il n’y a ni bons ni méchants dans “Two Lovers”, chacun est présent avec ses qualités et ses fragilités, ses aspirations et ses contradictions, les parents qui veulent simultanément couver leur enfant et le pousser hors du nid, comme les amants qui eulent l’amour et la sécurité.
Chauffé par la mise en scène géométrique, sublimé par une distribution époustouflante, “Two lovers” consume Leonard pris littéralement entre deux feux. Aussi ardents et différents l’un de l’autre. Face à une Gwyneth Paltrow, émouvante et lumineuse, James Gray pose une révélation, Vinessa Shaw, attachante et délicate. Les deux pôles s’équilibrent idéalement pour rendre infernal le tourment de Leonard.
Avec des scènes inoubliables, celles du toit (avec Gwyneth), du baiser d’opéra (avec Vinessa), de l’escalier (avec Isabella Rossellini), Joaquin Phoenix et James Gray retrouvent les couleurs du mélodrame de Donald Sirk, voire celles plus masquées d’Hitchcock. Comme sir Alfred, il sait se servir des techniques du suspense pour enclencher le “vertigo” des sentiments et donner des sueurs froides aux spectateurs. On ne manquera pas de voir dans le dispositif des fenêtres, un hommage à “Rear Window.”
Cette fois, c’est sûr, au côté de Paul Thomas Anderson ou de David Fincher, James Gray est un tout grand de la nouvelle génération américaine.
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