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Métiers du cinéma

Ben Burtt, la voix de Wall. E

PORTRAIT ALAIN LORFÈVRE A LOS ANGELES

Mis en ligne le 29/12/2008

Depuis les années 70, Ben Burtt a créé les plus célèbres sons d'Hollywood. R2-D2, les sabres lasers, E.T., le fouet d'Indiana Jones ou Wall-E sont sortis de ses enregistreurs. Signe particulier : il ne crée rien sur ordinateur.

L'un des personnages les plus sympathiques que le cinéma nous aura donné de voir en 2008 est sans conteste Wall. E, le petit robot transi d'amour des studios Disney-Pixar. Personne n'aura oublié ses délicieuses déclamations : "Wall-eeeee" ou "E-vah !". On a pu voir en Wall. E un lointain cousin de R2-D2. Et pour cause. Ils ont le même père vocal, Ben Burtt.

Ben Burtt se définit comme sound designer, ou créateur de sons. Après plus de trente ans de carrière, son titre de noblesse demeure "La guerre des étoiles". Outre les babillages électroniques de R2-D2, on lui doit la respiration de Darth Vador (en fait, celle de Ben Burtt, retravaillée), les Ewoks, les sabres lasers, de nombreuses langues extraterrestres...

Par la suite, Ben Burtt a poursuivi une brillante carrière, couronnée de deux oscars (pour "E.T." et "Indiana Jones III"). Il a conçu le son du claquement de fouet d'Indiana Jones, la respiration de plusieurs générations d'Aliens, recréé des sons caractéristiques des années 70 dans "Munich"...

Vocation précoce

Homme charmant, au look de bibliothécaire - normal : c'est un peu un "sonothécaire" -, Ben Burtt a eu une vocation précoce. "A huit ans, j'ai commencé à collectionner des sons lorsque mon père m'a offert un enregistreur professionnel."

Le cinéma attire le jeune homme. "De mon temps, les magnétoscopes n'existaient pas. J'enregistrais donc le son des films que j'aimais, notamment dans les drive-in. En réécoutant les bandes, je "revoyais" mentalement les films. C'est ainsi que j'ai pris très tôt conscience que le son était la troisième dimension du cinéma, qu'il était évocateur et porteur de son propre imaginaire."

Durant toute son adolescence, le futur "sound designer" collecte sur bande les sons de son entourage. Il développe ainsi son oreille, apprend la différence entre haute et basse fréquence, se forge une connaissance scientifique du son et de sa propagation. Il commence aussi à s'intéresser à l'histoire du son à Hollywood, essayant de percer le secret de la bande-son de certains films.

Sur le DVD de "Wall. E", Ben Burtt présente d'ailleurs quelques documents historiques exceptionnels. Son premier job payé (75 dollars) sera pour une publicité réalisée par un acteur qui débute sa conversion vers la réalisation : Ron Howard (Ben Burtt sera sound designer sur "Cast Away" et "How the Grinch stole Christmas").

Une des caractéristiques de Ben Burtt, encore aujourd'hui, est de toujours créer ses sons à partir de sons réels. "Je ne crée rien électroniquement" se vante-t-il. "Tout son doit avoir une âme. Pour un personnage - un robot, un alien - je pars le plus souvent d'une voix d'acteur, souvent la mienne. Pour des objets inanimés ou des ambiances, je puise dans ma collection de sons ou j'en enregistre de nouveaux. Le spectateur doit sentir que, quelque part, le son est réel."

Milliers de sons

Sa sonothèque contient des milliers de références. "Mon père enregistrait déjà les sons qu'il captait en changeant de fréquence radio. Il m'arrive encore de les utiliser." Pour "Munich", de Steven Spielberg, situé dans les années 70, Ben Burtt a réutilisé ses propres enregistrements d'ambiances d'aéroports, de moteurs de vieux Boeing. "Parfois, un enregistrement de piètre qualité, passé sur un vieux système de lecture, donne des sons aux textures plus intéressantes" note-t-il à propos de ses vieux enregistrements analogiques qu'il écoute encore sur son vieux Nagra.

Pour le sound designer, la bande-son est une partition. C'est ce qui fait de "Wall. E" un film étonnamment exceptionnel, presque novateur, dans la longue carrière de Ben Burtt. "Quand Andrew Stanton m'a proposé de travailler sur "Wall. E", je me suis dit : "Oh non ! Encore des robots." Mais j'ai ensuite vu l'opportunité d'être associé au projet pratiquement dès le début de la production. C'est très rare d'être présent dès cet instant. J'ai pu interagir avec les dessinateurs, les animateurs. Intégrer mes sons à la musique du film. Et c'est le film pour lequel j'ai, à ce jour, conçu le plus de nouveaux sons : près de six cents."

Au total, la sonothèque pour le seul "Wall. E" comprend près de 2 400 fichiers ! Pour autant, Ben Burtt n'en fait jamais trop. "Le truc, c'est d'être soustractif et sélectif. Il ne faut pas submerger le spectateur de références sonores."

Le DVD de "Wall-E" sortira le 4 février prochain.

© La Libre Belgique 2008

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