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Frost/Nixon***

Les aveux du Président

Mis en ligne le 14/01/2009

Ron Howard reconstitue avec force un épisode-choc de l’après-Watergate.

Au printemps 1977, l’animateur britannique David Frost mena, en quatre sessions, près de huit heures d’entretien télévisé avec l’ancien président des Etats-Unis Richard Nixon. Quarante-cinq millions de spectateurs regardèrent cette première apparition télévisée de l’ex- Président depuis sa démission suite au scandale du Watergate. Véritable match de boxe télévisuel, cet entretien-fleuve mettait en présence “Tricky Dick”, le Nixon roué, rompu à la manipulation, et un Frost connu pour ses émissions de divertissement et ses talk-shows, alors au bord de la disgrâce. Chacun imaginait pouvoir user de l’autre pour redorer son blason. Sans doute qu’aucun – en tout cas pas celui qu’on croit – ne s’attendait à la tournure qu’allait prendre l’événement.

Densité dramatique

Après avoir été une pièce de théâtre, les “Entretiens Frost/Nixon” tels que les annales les ont baptisés sont aujourd’hui un film. A l’instar de ses deux protagonistes, Ron Howard, faiseur à la réputation écornée (le four de “Da Vinci Code”…), surprend positivement. Il est vrai que cet épisode est d’une densité dramatique exceptionnelle, premier choc entre politique et spectacle. Mais le réalisateur a su capter avec simplicité.

Au début, Frost, brillamment interprété par Michael Sheen (le Tony Blair de “The Queen”), est totalement hors de son élément. Sa seule obsession est l’audimat, pas la vérité sur le Watergate (dont le public a été privé suite à l’amnistie accordée à Nixon par son successeur Gerald Ford). Il faut la ténacité des journalistes James Reston (Sam Rockwell, d’une rare sobriété) et Bob Zelnick (Oliver Platt, toujours délicieusement décalé) pour éviter aux premiers enregistrements d’être totalement dominés par un Nixon (Frank Lagella qui cherche la justesse psychologique avant le mimétisme) tout à son affaire. Avec finesse, le scénario expose les frivolités de Frost, révèle un Nixon toujours âpre au gain – “J’ai obtenu 500 000 $ pour l’entretien”, proclame son agent. “550 000 $ n’étaient pas possibles ?”, rétorque l’ex-Président.

Derrière l’évocation des fruits amers de la présidence Nixon, on ne peut s’empêcher de voir poindre celle de l’ère Bush : ce qui est dit sur le Vietnam – y compris par Nixon – vaut pour l’Irak. C’est tout simplement que le film est aussi une réflexion sur les pouvoirs. Celui, temporel, qui finit par aveugler ses détenteurs (voir l’extraordinaire aveu que finit par lâcher Nixon). Celui de la télévision, “déformante”. La preuve : l’Histoire n’a retenu de ces entretiens que la victoire finale de Frost, alors qu’ils faillirent tourner au K.-O. en faveur de Nixon.

Détail : les trois tombeurs de Nixon – Woodward et Bernstein, d’abord, puis Frost – étaient, aux yeux de leurs éminents confrères, des amateurs peu crédibles.

Enfin, si le film repose sur deux magistrales performances d’acteurs – électrisées par un humour ravageur –, Howard a su lui donner une gradation digne d’un thriller : plus le film avance, plus le cadre se rétrécit sur les deux protagonistes, tel un gros plan de télévision ou un duel à la Sergio Leone. En faisant vœu de sobriété, Howard finit par capter l’essence de la politique spectacle : le poids des mots, le choc des ego.

Savoir Plus

Réalisation : Ron Howard. Scénario : Peter Morgan, d’après sa propre pièce de théâtre. Photographie : Salvatore Tonino. Montage : Mike Hill et Dan Hanley. Musique : Hans Zimmer. Avec Michael Sheen, Frank Langella, Rebecca Hall, Sam Rockwell, Oliver Platt, Kevin Bacon,…

Autres Informations

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