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59e festival du film de berlin
Les rêves d’Harvey Milk
Alain lorfèvre
Mis en ligne le 12/02/2009
Pour célébrer sa trentième année de programmation, la section Panorama du festival de Berlin a pu mettre en exergue "Milk", la biographie que Gus Van Sant vient de consacrer à Harvey Milk, premier élu nord - américain ouvertement homosexuel, assassiné en 1977 par un adversaire politique frustré par la popularité grandissante de Milk. En 1980, Panorama avait en effet présenté le documentaire "The Times of Harvey Milk", deux ans après l’assassinat de cet activiste qui avait déclenché une mobilisation sans précédent de la communauté homosexuelle en Californie, remportant plusieurs victoires fondamentales dans la reconnaissance des droits de celles-ci. Et Van Sant lui-même avait été sélectionné il y a 25 ans avec "Mala Noché".
C’est Sean Penn qui endosse avec un brio incomparable le sourire et la générosité d’Harvey Milk. Homosexuel affiché et activiste, Milk avait une approche collective de la lutte pour les droits civiques : son raisonnement était que toute discrimination devait être combattue. Ce faisant, il rallia à la cause gay d’autres communautés et devint une figure populaire et majeure de la scène politique à San Francisco, obtenant en quelques années le soutien du maire George Morone, qui partagea pour cette raison son tragique destin.
Préserver l’héritage
Plusieurs nominés aux oscars qui se tiendront fin du mois (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur), "Milk" est une œuvre qui fait écho à bien des thèmes traversant cette édition, tout comme avec l’actualité récente. Les scènes du film montrant les nombreuses marches de protestation menée par Milk et ses supporters à chaque violation des droits des homosexuels, le film de Gus Van Sant opère involontairement un parallèle avec celles survenus au lendemain de l’élection de Barack Obama en Californie, où le scrutin présidentiel a coïncidé avec un référendum ayant abouti à l’interdiction du mariage homosexuel dans cet Etat. Pour le scénariste du film, Dustin Lance Black, "certaines des avancées enregistrées par Harvey sont aujourd’hui en train d’être perdues. Aujourd’hui encore, en dehors de San Francisco, peu de gens savent qui il était et ce qu’il a fait. Je crois que sa stratégie comme son message sont deux éléments importants dont il faut préserver l’héritage. Les perdre serait dangereux."
Gus Van Sant souligne lui - même que la figure d’Harvey Milk demeure parfois méconnue, même aux Etats-Unis. Lui - même n’a appris son existence que le jour de son assassinat. "Je n’ai vraiment découvert ce qu’il avait fait que grâce au documentaire "The Times of Harvey Milk"."
A l’origine, le film devait être réalisé par Oliver Stone, qui a finalement jeté l’éponge. "J’ai repris le projet, raconte Gus Van Sant. Et j’y ai travaillé pendant un an, mais il n’a pu être monté." Néanmoins, le réalisateur de "Elephant" a continué à se documenter sur le sujet, s’installant même à Castro, le quartier de San Francisco où naquit le combat d’Harvey Milk et où vivent encore de nombreux militants ayant fait parti de son mouvement.
Générosité
Outre la rigueur d’écriture et une mise en scène déjouant tous les pièges de la biographie à l’américaine, "Milk" fascine aussi par l’extraordinaire incarnation du personnage que livre Sean Penn. Loin de la "performance" mimétique, l’acteur éblouit par la douceur, la sensibilité, la générosité communicative qu’il confère à la figure d’Harvey Milk. Gus Van Sant note que ce qui a d’abord suscité chez lui l’envie de confier le rôle à Sean Penn, "ce sont ses discours politiques" prononcés lors de l’engagemet de l’acteur contre la guerre en Irak. "On a aimé son ton, son humour, son sens de l’argumentation. On y trouvait des similitudes avec Harvey. Et comme on savait que c’était un très bon acteur, on l’a contacté. On a vite constaté qu’il aurait cœur à incarner Harvey. Il a rencontré des amis d’Harvey qui lui ont apporté des détails sur Harvey. Il a aussi assimilé le fruit de nos recherches, trois ans d’interviews avec les protagonistes de l’époque."
Plus que l’évocation d’une figure perdue ou d’un héros bigger than life, "Milk" charme par son approche modeste des événements et par sa manière, subtile, de rappeler que rien n’est jamais acquis, que toute victoire sur les préjugés, le sectarisme ou l’exclusion sociale, raciale ou sexuelle est fragile. Et qu’elle peut, surtout, être acquise par des méthodes pacifiques et festives. Dustin Lance Blake fait, là aussi, le parallèle avec les événements politiques récents : "Harvey ne se préoccupaient pas seulement des droits des homosexuels. A côté de ce combat qui lui était cher, il menait d’autres combats, défendait d’autres minorités. De ce point de vue, on peut faire un parallèle avec Obama. Harvey avait un discours inclusif, il ne défendait pas que les "siens". Il cherchait à créer une coalition des minorités. Son discours et ses méthodes gardent toute leur pertinence."
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