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Leonera* *
Prison break
Fernand Denis
Mis en ligne le 25/03/2009
Que s’est-il passé cette nuit-là ? Julia a-t-elle tué le père de l’enfant qu’elle porte depuis quelques mois ? Le sait-elle elle-même ? Son ménage à trois avec un couple d’homosexuels est un tel chaos.
Le juge a tranché, coupable, et l’a envoyée une quinzaine d’années derrière les barreaux. Mais une prison un peu différente, car Julia va y attendre son enfant, et puis le garder auprès d’elle pendant quatre ans.
"Leonora" est un film assez déroutant, car il tient en alerte, surprend, sans avoir recours aux coups de théâtre, mais plutôt en multipliant les questions.
La première : Julia est-elle victime d’une erreur judiciaire ? Pourtant fondamentale, cette question s’efface petit à petit, remplacée par d’autres plus particulières. Accouche-t-on en prison en Belgique ? Les bébés y grandissent-ils auprès de leur maman ? Jusqu’à quel âge ?
Retour au film. Ce petit Thomas ne serait-il pas mieux dehors, auprès de sa grand-mère revenue de Paris à Buenos Aires et désireuse de le prendre en charge... le petit ? Pour son bien.
Double naissance
Le bien de qui ? Est-il bien en prison ? Le réalisateur argentin nous laisse juge en observant, au jour le jour, de façon quasi naturaliste, cette crèche très particulière. Quasi, car on voit néanmoins se succéder les archétypes du film de prison : le maton sadique, les amitiés homosexuelles, le projet d’évasion, les révoltes violentes, la solidarité entre détenues. Mais tous ces clichés n’en sont plus, enfin beaucoup moins, il y a un sens des nuances d’une part. Et puis, le cœur du film est ailleurs, dans ce qui se passe entre cette femme et son enfant.
"Leonora", c’est l’histoire d’une transformation décomposée en trois phases par le réalisateur argentin Pablo Trapero. La première, très chaotique, montre une jeune fille ayant atteint un tel point de confusion qu’elle ne sait plus si elle a tué quelqu’un ou pas. Deuxième phase, devenue mère malgré elle, elle s’accroche au réel fait de ces scènes conventionnelles mais vues d’un angle nouveau. C’est une sorte de longue gestation qui voit la jeune femme rassembler ses forces et les concentrer sur un projet. La troisième phase, c’est la naissance d’une nouvelle femme qui a trouvé un sens, un but, un idéal à sa vie, et aussi la force de se forger un destin.
La mise en scène se transforme au rythme de son héroïne, partant du capharnaüm jusqu’à la détermination, en passant par ce ventre mou ou se construit sa personnalité.
Cette construction rigoureuse renverse progressivement les perspectives. Enfermée dans une vie dissolue, Julia se libère derrière les barreaux grâce à ce paradoxal "prison break" en quelque sorte. Martina Gusman est l’interprète parfaite de cette métamorphose. En permanence à l’écran, elle prend lentement possession du cadre. C’est une force de caractère qu’on voit naître, avec beaucoup de sobriété, et une multitude de visages. Martina Gussman peut être belle ou laide, et même ressembler parfois à Angelina Jolie. Une interprétation qui avait fait d’elle la favorite de la Palme de la meilleure actrice au dernier Festival de Cannes, qui lui fut finalement refusée.
Savoir Plus
Réalisation, scénario : Pablo Trapero. Image : Guillermo Nieto. Décors : Graciela Oderigo. Montage : Ezequiel Borovinsky. Avec Martina Gusman, Elli Medeiros, Rodrigo Santoro 1h53.
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