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Etreintes brisées | Los abrazos rotos

Voyage en cinéphilie

A.Lo.

Mis en ligne le 20/05/2009

Le dix-septième film d'Almodóvar est un cri d'amour à son art.

Le premier plan des "Etreintes brisées" accroche instantanément le regard. A travers l’objectif d’une caméra, nous découvrons le visage d’une femme. Une anonyme, dont nous ne savons rien, mais qui nous fixe intensément. Autour d’elle, une équipe s’agite. La quidam est bientôt remplacée par un visage familier, celui de Penélope Cruz - au regard aussi chargé. Exit la doublure, place à la star.

Pour son dix-septième film, Pedro Almodóvar, bientôt 60 ans, s’offre un caprice d’auteur : un film à la fois gigogne et matrice, fiction parlant indirectement de son amour de cinéphile. Le film est parsemé d’allusion ou de citations - parfois à son propre cinéma. Le narrateur dit s’appeler Harry Caine. Mais son vrai nom est Mateo Blanco. "J’ai toujours voulu être quelqu’un d’autre que moi", confesse-t-il : comment l’être sinon en contant des histoires ? C’est sans doute un peu Almodóvar qui parle à travers lui. "Chicas y Maletas", le film que réalise Blanco est une comédie "à la Almodóvar", époque "Femmes au bord de la crise de nerfs".

De scène en scène, de rebondissement en rebondissement, Almodóvar s’autorise à décliner des thèmes déjà abordés. Comment, ici, ne pas penser, entre autres, à "La Mala educación" ? Mais l’auteur ne se contente pas de mettre en abîme son seul univers. A travers Penélope Cruz, il convoque les souvenirs de Marilyn, Audrey Hepburn ou Lana Turner. Il brouille même les pistes : les rêves de gloire de Lena ne sont-ils pas ceux qui ont pu menacer sa star elle-même ? Almodóvar se souvient aussi du très hitchcockien "Voyeur" de Michael Powell. Il mêle encore au mélo les codes du film noir. Et exploite le "Voyage en Italie" de Rossellini pour véhiculer l’émotion de ses personnages : cri d’amour à la puissance du cinéma, cette scène vaut à elle seule le film. Tant pis si, là, Almodóvar risque de larguer les non-cinéphiles : il a gagné le droit de faire un film pour lui, rien que pour lui.

Au final, on lui pardonne même un brin de narcissisme, avec une longue scène du film dans le film "Chicas y Maletas" ("Filles et valises") où il se pastiche. Plus que citation personnelle - certes jubilatoire - elle fait sens : c’est le seul moment où Lena apparaît totalement heureuse et rayonnante, où elle est enfin elle-même. Plus qu’un long discours, Almodóvar nous rappelle, là, pourquoi il tourne : pour transfigurer la vraie vie. Vous avez dit "Moteur" ?

Réalisation et scénario : Pedro Almodóvar. Photographie : Rodrigo Pietro. Montage : José Salcedo. Musique : Alberto Iglesias. Avec : Penélope Cruz. Lluís Homar, Blanca Portillo, Rubén Ochandiano... 2h07.

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