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Fish Tank
Je te déteste, moi non plus
Fernand Denis
Mis en ligne le 25/11/2009
A sa manière, Mia est un poisson armé. Seule dans son "Fish Tank" désaffecté, quatre murs dont un de verre, petit casier d’une barrière immobilière en béton; elle danse du rap, du hip-hop. C’est énergique, rarement sensuel; mais on la sent bien dans cet exercice athlétique. Comme un poisson armé dans l’eau. Mais dès qu’elle quitte son aquarium, elle sort ses griffes, hérisse ses épines et au premier regard croisé, elle agresse, elle insulte, elle coupdeboule. Ainsi, elle vocifère sa rentrée à la maison d’un "J’t’ai rien demandé grosse pouffe" (= Bonjour maman) ou : "Ta gueule, sale petite pute !" (= Bonjour ma petite sœur, 10 ans). Qui a commencé ?
Mais voilà que le nouveau boy friend de sa mère refuse l’escalade. Le ton amical, le geste attentionné, il a vite fait de trouver la faille dans le jeune hérisson, en l’encourageant dans sa passion pour la danse. Mia peut-elle faire confiance à un homme dans un monde, l’appartement monoparental, où ils ne font que passer ?
On avait découvert Andrea Arnold avec "Red Road", l’histoire d’une opératrice de vidéosurveillance qui suivait de façon obsessionnelle un homme jusque dans son appartement crade d’une tour glauque de la banlieue de Glasgow. Est-on toujours à Glasgow ? On n’en sait trop rien, on est dans n’importe quelle banlieue à côté d’un périphérique encerclant une grande agglomération. Mia, elle aussi, va suivre un homme, s’introduire en secret dans sa maison. Mais au-delà de la relation qui se noue entre ces deux-là, la réalisatrice s’attache avant tout à brosser le portrait d’une jeune fille de 15 ans, livrée à elle-même depuis environ quinze ans : no future, no love, juste des sensations fortes, violence et alcool. La présence de tout être humain à proximité suscite en elle un comportement agressif. Seuls les animaux méritent sa confiance. Comme ce vieux cheval, très très symbolique, qu’elle veut à tout prix libérer à ses gros risques et périls.
La mère incarnée par Kierston Wareing, la blonde de "It’s a Free World" fait le lien avec Ken Loach, avec cet univers working class hyperréaliste d’une Angleterre des violents contrastes sociaux. Toutefois, le regard d’Andrea Arnold ne se veut pas politique ou idéologique mais plutôt humain. Enfin à la recherche de traces d’humanité chez cette jeune fille qui a grandi sans amour, abrutie par la télé et l’alcool. Et son style lorgne du côté des Dardenne. Comment ne pas voir en Mia une cousine anglaise de Rosetta ? La jeune Katie Jarvis fait d’ailleurs des débuts à l’écran aussi saisissants que ceux d’Emilie Dequenne, insufflant une incroyable tension au film. Une énergie qui permet d’ailleurs à "Fish Tank" de tenir jusqu’à son terme alors que le scénario part en vrille aux deux tiers.
Réalisation, scénario : Andrea Arnold. Image : Robbie Ryan. Avec : Katie Jarvis, Michael Fassbender, Kierston Wareing 2h04
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