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Non, ma fille, tu n’iras pas danser

Entrer dans la danse universelle

A.V.

Mis en ligne le 25/11/2009

Christophe Honoré éclaire la mécanique de l’intime. Troublant.

Gare Montparnasse, Paris. Léna se dépêtre tant bien que mal avec ses bagages, sa fille qui refuse de marcher et son grand enfant aux questions sibyllines qui l’enjoint de sauver un oiseau blessé. Si Christophe Honoré situe le début de son récit à Paris, ce n’est que pour mieux quitter la ville dans laquelle il avait planté le décor de ses derniers films ("Les Chansons d’amour", "la Belle Personne"). Souvent accusé de parisianisme, il entreprend un changement radical, revient sur ses terres, précisément le Finistère, la Bretagne perdue des monts d’Arrée. Terreau idéal pour explorer les relations familiales, Léna rentre en Bretagne après un échec amoureux, qui met en doute le tour que prend sa vie. Le cocon familial, au cœur de la maison parentale rapidement devient lieu d’exacerbation de ses erreurs. La famille, comme épicentre de l’incommunicabilité. Car Léna ne comprend pas son môme, n’entend pas sa sœur (Marina Foïs), n’écoute pas les conseils maternels (Marie-Christine Barrault), ne sait pas sauver l’oiseau blessé. Léna aurait-elle des problèmes à communiquer ? C’est ce que son entourage cherche à lui signifier. Retour à l’enfance des choses, ce que le titre souligne en pointillé. S’affirmer adulte ou au contraire définitivement jouer l’enfant qui fait des ratés.

Méthodiquement, traçant un portrait précis et finalement très typé de ses personnages, Christophe Honoré explore le noyau familial. Comme pour donner plus d’universalité à son récit, il impose une incise onirique au cœur du film - en écho au titre. Une légende. Sur les hauteurs des Monts d’Arrée, au pied de la chapelle de Saint-Michel-de-Brasparts, il donne à voir un étonnant bal. Et rappelle l’histoire mille fois contée de cette jeune femme qui avait décidé d’épouser celui qui la ferait danser jusqu’au jour levé. On dit qu’elle usa tant de cavaliers que les prétendants commencèrent à se méfier de la belle au corps endiablé. Le seul qui sut l’arrêter fut le diable lui-même qui l’avait envoûtée. Triste punition de la jeune fille exaltée par la danse. Ici, le conte prend des allures de leçon de choses, et l’on se rappelle alors qu’avant de faire des films, Christophe Honoré a écrit des livres pour enfants.

Au-delà des relations étroites aux autres, ce qui intéresse Honoré est sans doute plus ancré dans l’intimité, de Léna et de chacun. Très justement incarnée par Chiara Mastroianni, la jeune femme - éternellement insatisfaite - apprend de son jeune amoureux transi (Louis Garrel, l’acolyte d’Honoré) que la mécanique du renoncement est indispensable à un bonheur sans frustration.

Christophe Honoré livre là une vision réaliste et cependant universaliste du sens de l’existence. Faire un choix, c’est renoncer et "il est important d’avoir quelque chose auquel on peut renoncer" - nous apprend d’un ton assuré Louis Garrel - pour, à son tour, entrer dans la danse.

Réalisation : Christophe Honoré. Avec Chiara Mastroianni, Marina Foïs, Louis Garrel, Marie-Christine Barrault (1h45)

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