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Festival D

"Pour l’instant, on fait surtout de la 2D et demi "

Alain Lorfèvre

Mis en ligne le 25/11/2009

Ben Stassen, pionnier belge du cinéma en relief, considère que le gros de la production n’est pas à la hauteur de la technique.
Entretien

Ben Stassen est le président d’honneur de 3D Stereo Media. Ce Belge est le fondateur et directeur du studio nWave. Pionnier en matière de cinéma stéréoscopique, il s’est bâti une renommée internationale dans le domaine des films pour parcs d’attraction (rides) et des films scientifiques en 3D. Ben Stassen a réalisé en 2007 "Fly me to the moon", premier long métrage d’animation conçu exclusivement pour une projection en relief. Son nouveau film, "Around the World in Fifty Years" sortira sur les écrans fin 2010.

La vocation d’un tel festival peut-elle être de sensibiliser le public ?

Plus que jamais. En septembre, le Festival de Venise a été le premier des grands festivals à créer un prix du meilleur film en 3D stéréoscopique. Ceci prouve que la production s’intensifie. Mais le problème, ce que la majorité des films 3D sont, selon moi, "en 2D et demi", c’est-à-dire à mi-chemin de la vision en 2D classique et de l’immersion totale de la 3D. Quand l’industrie hollywoodienne investit cent à deux cents millions de dollars dans un film, elle ne peut pas se permettre de le réserver uniquement au marché des salles 3D, encore limité. Donc, on fait surtout des films 2D, avec quelques petits effets 3D.

L’engouement risque-t-il de retomber ?

On constate déjà un léger tassement dans la fréquentation des projections en relief. Jusqu’à il y a deux ans, les recettes des versions en relief étaient deux à trois fois supérieures aux recettes des versions 2D. Sur les récents "G-Force" ou "A Christmas Carol", on arrive à du 50-50. Le public se demande à quoi ça sert de payer un ou deux dollars ou euros de plus pour voir une expérience finalement pas plus enrichissante. Tout l’intérêt d’un 3D Stereo Media est d’ouvrir le débat parmi les professionnels.

Est-ce que ce débat existe aux Etats-Unis ?

Pas vraiment. Pourtant, les professionnels font la différence. Quand nous avons présenté "Around the World in Fifty Years" au Marché du Film, à Cannes, tout le monde nous a dit que l’immersion était meilleure que dans "Up" de Pixar - un très beau film, mais, encore une fois, conçu pour les deux types de vision. Les exploitants sont les plus conscients du problème : ils ont investi pour équiper leurs salles et voient arriver des films peu ambitieux.

La vogue pourrait-elle passer, comme dans les années 50 ?

Il y a une différence fondamentale : dans les années 50, c’étaient surtout des films de série B qui utilisaient le relief. Aujourd’hui, ce sont des grosses productions. L’autre différence, qui sera décisive, c’est qu’on essaie, cette fois, de développer une chaîne d’exploitation complète : les versions stéréoscopiques des films arrivent en DVD, la télévision en relief existe et l’on parle très sérieusement de relief sur les écrans portables, ordinateur ou iPhone, sans parler du potentiel réel pour l’industrie du jeu vidéo. Les enjeux commerciaux sont énormes.

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