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La Princesse et la Grenouille **
La neuvième princesse
Alain Lorfèvre
Mis en ligne le 03/02/2010
John Lasseter ("Toy Story" et compagnie) l’avait promis, lorsqu’il avait été nommé à la direction de la création des studios Disney : il allait renouer avec l’animation traditionnelle en 2D, trop vite jetée aux oubliettes par les patrons devant les conquérantes images de synthèse. "La princesse et la grenouille" inaugure cette résurrection. Anticipant l’Obamania (le scénario fut écrit il y a près de quatre ans), l’héroïne est une jeune afro-américaine, Tiana, fille d’une bonne dans la Nouvelle-Orléans dans les années 20. Ça fleure d’emblée le conte de fée, Tania ayant la chance unique d’avoir d’excellents rapports avec la fille des employeurs de sa mère, la blanche et blonde Charlotte. Devenue adulte, Tiana n’a qu’un rêve : ouvrir un restaurant, où elle concoctera le délicieux gombo dont la recette lui fut transmise par son père. Mais à deux doigts d’atteindre son objectif, Tania est la victime indirecte du sort jeté par le cupide prêtre vaudou Facilier sur le prince Naveen, débarqué en ville pour trouver princesse à son pied.
Tiana et le prince Naveen se veulent un reflet de la société multiculturelle américaine enfin assumée : on ne peut que se réjouir que les studios Disney l’aient enfin intégrée, même si on ne peut s’empêcher de penser qu’ils ont trois ou quatre décennies de retard Hormis cette "nouveauté", c’est clairement un revival de la splendeur des Disney d’antan Le récit tente toutefois de se jouer un rien des poncifs du genre, revisitant les contes de fée, mais sans aller jusqu’à un postmodernisme ravageur façon "Shrek". Ainsi du fameux baiser sur la grenouille à métamorphoser ou de la blonde "princesse", traitée ici façon Hanna Farris : délurée, un brin idiote, mais délicieusement drôle. Loin des héroïnes éplorées du cinéma de papa, les femmes sont d’ailleurs de têtes, le prince restant, lui, quelque peu fadasse : bien fait !
Le film est visuellement époustouflant, pour peu qu’on adhère à l’esthétique disneyenne pur jus. Les réalisateurs John Musker et Ron Clements (déjà associés sur "Basil, Détective", "La Petite Sirène", "Aladdin" et "Hercule") connaissent leurs classiques : Ray l’alligator a des petits airs du Balou du "Livre de la Jungle" lorsqu’il entame son jazz New-Orleans endiablé; les grenouilles musiciennes semblent avoir rebondi depuis un vieux projet maison inabouti, "Musicana". Les auteurs se sont inspirés dans les scènes du bayou ou un final spectral. Si la musique de Randy Newman sombre parfois dans la guimauve, ses partitions plus jazzy et swingante, occasions de quelques belles scènes - dont celle stylisée du restaurant fantasmé par Tiana. Mais "La Princesse et la Grenouille" est moins une révolution qu’une heureuse remise à niveau.
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