La Libre.be > Culture > Cinéma > Article
Portrait
L’homme à la tête de Serge
Fernand Denis
Mis en ligne le 03/02/2010
Quand il entre dans la pièce, on se dit : "C’est incroyable ce qu’il lui ressemble." Et pourtant, "une seule fois, s’amuse à raconter Eric Elmosnino, ma sœur m’a dit: "S’il y a un film sur Gainsbourg, il faut que tu le joues." A part elle, personne n’a jamais mentionné cette ressemblance. Pour fermer la boucle avec ma sœur, c’est aussi elle qui m’a offert "Le Chat du Rabbin"". En l’occurrence, la bédé la plus connue du Joann Sfar, laquelle fait d’ailleurs l’objet pour l’instant d’une adaptation pour le cinéma.
Acteur bien installé sur les planches parisiennes, il est notamment lauréat d’un Molière de la révélation masculine, Eric Elmosnino est quasi transparent au cinéma où il a pourtant tourné une quinzaine de films sans laisser de traces jusqu’à ce "Gainsbourg". Alors consciemment ou inconsciemment, s’amuse-t-il à jouer le Gainsbarre, très dilettante, la gitane au bec ? Ou imbibé de son personnage, est-il désormais incapable de s’en séparer totalement ? "En travaillant, on arrive à une sorte d’imitation, explique Eric Elmosnino. Il y a des signes de Gainsbourg que tout le monde connaît, et il faut passer par là, mais après, il fallait essayer de ne pas être que dans l’imitation. Il fallait arriver jusqu’à l’incarnation. Et pour moi, c’est passé par la rêverie. Ayant eu beaucoup de temps avant de tourner, j’ai pu le regarder marcher dans la rue, répondre aux interviews de Denise Glaser, j’ai pu me mettre à l’aimer petit à petit comme une rencontre amoureuse. Et j’ai essayé de restituer tout cela avec les bons dosages. Car, même si on a des bons produits, si on met trop de sel, c’est épouvantable. Et pour cuisiner tout cela correctement, je comptais sur mon camarade Sfar pour qu’il me dise : plus comme ci, moins comme cela. On a besoin d’un guide, on ne peut pas faire cela tout seul".
Un Sfar qui a aussi pris la décision de le faire chanter. "C’était un chemin pour aller vers lui. Il fallait absolument savoir ce qu’était "être un chanteur". Il l’était tellement. Certes, pas un chanteur à voix, mais il y a une précision musicale, une façon d’articuler, un phrasé dans les chansons, tout cela m’a aidé dans l’interprétation. C’était l’endroit où il était en connexion avec lui-même. Ce fut un gros travail pour moi et, finalement, beaucoup de plaisir. Au bout d’un moment, j’ai compris que cela servait la narration. Il n’est pas question de chanter "La Javanaise" en soi, mais au moment où il est intimidé devant Gréco, cela sert la narration."
Si personne n’avait remarqué cette ressemblance stupéfiante entre Gainsbourg et Elmosnino, c’est qu’elle ne se trouve pas seulement dans la petite bosse que le réalisateur a fait placer sur son nez - juif : ce n’est pas une religion. Aucune religion ne fait pousser un nez comme ça; aphorisme bien connu. Dans le fond, la ressemblance, il faut aussi la chercher du côté du charisme, plus que du physique. "Je n’ai pas le rapport conflictuel que Gainsbourg avait avec son physique. Les critères de beauté évoluent. Mais pour lui, cela devait être compliqué fin des années 50, début des années 60; alors qu’aujourd’hui, cela ne poserait plus de problèmes de le voir au bras d’une jolie femme. C’est cela qui est beau dans le film. Quand, dans la scène où il ramène Jane Birkin dans le cabaret, on le voit danser avec elle, Joann me disait de regarder autour de moi pour voir l’effet que cela faisait sur les gens de voir un type comme lui avec une jolie fille."
S’il avoue ne pas être un fan de Gainsbourg, "je suis plutôt Ferré, Téléphone et AC/DC", Eric Elmosnino est sorti du film transformé. "J’ai compris, petit à petit, pourquoi c’était un grand artiste. Et maintenant, je vis quotidiennement avec ses chansons. Il m’accompagne tous les jours "
Ne vous déplaise
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens