Jeudi 9 sep 2010

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Berlin

La Berlinale préfère les ombres à la lumière

Alain Lorfèvre

Mis en ligne le 08/02/2010

Le festival du film de Berlin évite le catalogue de célébrités. Et préfère poursuivre sa politique de tête chercheuse du cinéma mondial.

Le festival du film de Berlin entamera sa soixantième édition ce jeudi 11 février. L’annonce, assez tôt, de la sélection de film comme “Shutter Island” de Martin Scorsese ou de “The Ghost Writer” avait pu laisser augurer d’un défilé de grands noms sur le tapis rouge du Berlinale Palast, aussi flamboyant que pour les 60es éditions du festival de Venise (2003) et de Cannes (2007). Mais, sur le papier, la sélection officielle, révélée tardivement le 1er février, présente une approche plus radicale.

Plus que jamais, le directeur du festival Dieter Kosslick et son équipe semblent avoir voulu “dépasser les frontières” et défricher de nouveaux espaces, selon une tradition propre à un festival exigeant, plus avide de découvertes dans les salles obscures que des reflets des flashs sur les strass. Dieter Kosslick ne fait ainsi pas de concession à la visibilité mondiale en ouvrant son festival avec un blockbuster hollywoodien de saison. Il a préféré programmer “Tuan Yan”, du réalisateur chinois Wang Quan’an, Ours d’or en 2007 avec “Le mariage de Tuya”. Ce drame historique retrace l’histoire d’un soldat forcé à fuir vers Taïwan, à l’approche des troupes de Mao, en 1949, et qui retrouve son amour de jeunesse plusieurs décennies plus tard. Ce choix résume ce qui semble être une autre grille de lecture de la sélection d’un festival né en 1951 à Berlin-Ouest, en pleine guerre froide, comme l’a précisé Dieter Kosslick : “Vingt ans après la réunification allemande, nous montrons une histoire de séparation personnelle qui découle d’une séparation collective, et (une histoire) de réunification.” L’Histoire et les soubresauts socio-politiques de notre temps traversent régulièrement les films sélectionnés à la Berlinale, qui fait fi des modes et des people. Gageons que ce refus de la facilité plaira au président du jury, Werner Herzog, le plus exigeant des réalisateurs allemands.

Démonstration de l’éclectisme de la sélection : dix-huit pays sont représentés parmi les vingt-six films qui seront projetés en sélection officielle, dont six hors compétition (parmi lesquels celui de Scorsese). Les spectateurs voyageront de la Norvège (“En Ganske Snill Mann” avec Stellan Skarsgard) à l’Argentine (“Puzzle” de la nouvelle venue Natalia Smirnoff), du Japon (“Caterpillar” du vétéran radical Koji Wakamatsu) à l’Iran (“Shekarchi” de Rafi Pitts). Les noms les plus saillants de la compétition sont ceux du Danois Thomas Vinterberg, qui présentera son nouveau film “Submarino”, du Britannique Michael Winterbottom qui révèle “The Killer Inside Me”, avec Casey Affleck, du Chinois Zhang Yimou avec “San qiang pai an jing qi” (titre international : “A Woman, A Gun and A Noodle Shop”), et, bien sûr, de Roman Polanski. Mais son “Ghost Writer” sera accompagné d’un réalisateur fantôme : Polanski est toujours assigné à résidence dans son chalet de Gstaad, depuis son arrestation le 26 septembre dernier à Zurich. Ce sont donc Ewan McGregor et Pierce Brosnan qui présenteront cette œuvre où le premier incarne le “nègre” d’un ancien Premier ministre britannique écrivant ses mémoires.

D’autres sélectionnés, plus pointus, n’en sont pas moins à garder à l’œil. Ainsi Noah Bombach, qu’on avait découvert avec “The Squid and the Whale” et qui vient de signer le scénario du “Fantastique Mr Fox” de Wes Anderson. Il présente à Berlin “Greenberg”, une comédie avec Ben Stiller, Rhys Ifans et Jennifer Jason Leigh, avec laquelle il a coécrit le scénario. Même intérêt pour Rob Epstein : le réalisateur américain a qui l’on doit les documentaires “The Times of Harvey Milk” et “Celluloïd Closet” cosigne avec Jeffrey Friedman “Howl”, qui retrace le procès en obscénité auquel dû faire face Allen Ginsberg après la publication de son poème éponyme. On trouvera aussi en fin de festival les Grolandais Benoît Delépine et Gustave Kervern, dont l’art du dérisoire mélodramatique s’affine à chaque film (depuis “Aaltra” jusqu’à “Louise-Michel”). Ils ont réussi cette fois à attirer dans leur “Mammuth” Isabelle Adjani et Gérard Depardieu. Un choc des cultures qui ne dépare pas une sélection très ouverte.

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