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Lovely Bones*
Le seigneur des limbes
F.Ds
Mis en ligne le 10/02/2010
Un monde parfait. Une petite fille s’inquiète pour son petit pingouin tout seul dans sa boule de verre. De temps en temps, il neige quand une bonne âme la secoue. "Faut pas s’inquiéter, il est dans un monde parfait", lui dit son papa. Une phrase qu’il va pouvoir méditer longuement, quelques années plus tard. Car il n’y a guère de suspense sur ce point, la petite Susie au pingouin ne vivra pas longtemps. A 14 ans, elle va partir de la pire des façons, assassinée par un pédophile.
Peter Jackson raconte cette histoire tragique d’un peu tous les points de vue. Celui du pédophile qui prépare minutieusement son plan. Celui du policier qui, faute d’attraper le coupable, apporte son réconfort aux parents. Celui du père qui a fait de la recherche de l’assassin l’unique objectif de sa vie. Celui de la mère qui préfère partir, car elle ne peut supporter cette chambre vide - "cette tombe au cœur de la maison", comme elle dit. Celui de la petite sœur qui grandit avec ce manque.
Il reste un dernier point de vue, plutôt inattendu, celui de Susie, la victime. Le point de vue de l’ange. C’est d’ailleurs celui-là qui accapare l’attention du réalisateur. A quoi ressemble ce monde dans l’horizon ? Quels paysages pour les limbes ? Voilà un défi à la mesure de Peter Jackson.
D’un côté, le concret, la douleur aiguë d’une famille brisée; de l’autre, le "monde parfait" de Susie. Et Peter Jackson de tenter d’établir le contact, d’évoquer l’invisible, l’indicible, cette sensation troublante d’un être cher qui n’est plus de ce monde, mais dont on sent néanmoins la présence. Peter Jackson l’imagine avec une esthétique très spectaculaire, très kitch, aux couleurs improbables, aux reliefs incroyables, aux beautés invraisemblables. Comme cette immense rose qui se déploie sous la glace, ou les saisons qui se succèdent au rythme des photos d’un cadre électronique. Un monde imaginaire dont les images ne laissent pas trop de place à l’imagination.
Peter Jackson multiplie les points de vue, multiplie aussi les genres - thriller, mélodrame, fantastique -, mais on reste à distance. Ce qui captive, c’est la jeune Saoirse Ronan. Remarquée dans "Atonment" ("Reviens-moi"), de Joe Wright, elle irradie. Voilà une promesse extraordinaire du calibre de Kate Winslet que Peter Jackson avait lancée dans "Heavenly Creatures". Stanley Tucci aussi est saisissant, sa façon d’explorer sa face sombre est d’une efficacité terrifiante. Pour exprimer le meilleur ou le pire, l’humanité des acteurs garde un pouvoir d’émotion largement supérieur au tape-à-l’œil des effets spéciaux.
Savoir Plus
Réalisation : Peter Jackson. Scénario : Fran Walsh, Philippa Boyens, P. Jackson, d’après "La nostalgie de l’Ange", de Alice Sebold. Effets visuels : Christian Rivers, Joe Letteri. Avec Mark Wahlberg, Rachel Weisz, Saoirse Ronan, Susan Sarandon, Stanley Tucci 2h08.
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