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L’Imaginarium du docteur Parnassus***

Gilliam et Ledger d’entre les morts

A.Lo.

Mis en ligne le 10/02/2010

Terry Gilliam a surmonté la mort d’Heath Ledger, et retrouve son inspiration. Johnny Depp, Colin Farrell et Jude Law rendent hommage à leur ami.

Terry Gilliam est de retour. Et en très grande forme cette fois. Il s’en est pourtant fallu de peu pour que, une fois de plus, la guigne ait raison de "L’Imaginarium du docteur Parnassus". Après le naufrage de son "Don Quichotte", mort-né après moins d’une semaine de tournage, après l’échec retentissant de ses "Frères Grimm", après, enfin, le sombre "Tideland", aux apparences de testament artistique, on imaginait d’autant moins revoir un Gilliam flamboyant que, cette fois, son acteur principal, Heath Ledger, avait passé l’arme à gauche à mi-parcours.

Mais, chance - si l’on ose écrire - "L’Imaginarium du docteur Parnassus" est précisément la fable d’un duel entre le diable (Tom Waits, magnifique) et un vieux forain (Christopher Plummer) qui refuse de raccrocher. Naguère, le bateleur a passé un pacte avec le Malin, moyennant prix, évidemment. C’est ce prix que le docteur Parnassus essaye de racheter avec l’aide de sa fille Valentina (Lily Cole et son étrange visage de poupée de cire) et de Tony, un escroc à la petite semaine (Heath Ledger), traînant dans les rues de Londres son Imaginarium, machine à rêve qui tient de l’attraction foraine cauchemardesque. De là à voir en Gilliam un Parnassus s’échinant à poursuivre le spectacle malgré l’adversité, il n’y a qu’un pas.

Le réalisateur compose, à nouveau, un de ses univers sans équivalent dont il a le secret - son Londres postcrise, mélange de "Brazil" et Dickens. Mais, cette fois, Gilliam conserve la maîtrise de bout en bout. Il imprime à ses délires une cohérence interne tout bonnement enthousiasmante. Mieux : l’entourloupe trouvée pour contourner la disparition d’Heath Ledger s’intègre à merveille dans sa trame. Tony change de visage à chaque fois qu’il pénètre dans l’Imaginarium, prenant successivement celui de Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell. Touchés par la grâce, inspirés par les circonstances, ses factotums réussissent un coup de maître : chacun intègre son registre personnel et allumé dans le cadre déjà défini par Ledger qui confirme son talent à titre posthume comme dans "The Dark Knight". Gilliam se retrouve à l’arrivée avec quatre des plus brillants acteurs de leur génération se partageant le film, les trois derniers rendant à travers leur performance un bel hommage à leur "partenaire" défunt. Le film se conclut d’ailleurs sur la belle épitaphe qu’on a jamais lue : "Un film de Heath Ledger et ses amis."

Pour couronner ce qui, en soi, serait déjà une réussite, Gilliam retrouve l’inspiration folle et débridée de ses meilleurs films et des Monthy Python. L’univers intérieur de l’Imaginarium renoue avec l’esthétique des séquences qu’animait Gilliam pour la bande, même si l’image de synthèse a pris le pas sur le papier découpé. Le segment avec Jude Law, avec ses bobbies chantant en jarretelles, est même un clin d’œil direct à un célèbre sketch des Python. Welcome back, Mister Gilliam !

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Réalisation et scénario : Terry Gilliam. Avec : Heath Ledger, Christopher Plummer, Lily Cole, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell, 2h.

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