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Vincere***
Au nom du Duce
Fernand Denis
Mis en ligne le 10/02/2010
On se souvient d’Anne Pingeot, la femme secrète de François Mitterrand et de leur fille Mazarine; Marco Bellochio, lui, révèle la femme et le fils cachés d’un autre leader socialiste, Benito Mussolini.
En effet, à l’époque où il rencontre Ida Dalser, Mussolini est un bouillant militant socialiste qui défile au premier rang avec un drapeau rouge. Dans les années 1910, Ida Dalser est non seulement très belle et très amoureuse de son tribun socialiste qui prend des coups dans les manifs, elle est aussi très riche. La passion est d’une telle intensité, qu’elle ne se contente pas de lui donner son cœur, son corps, mais aussi sa fortune permettant à Benito de créer son journal "Il Popolo d’Italia", berceau du parti fasciste. Elle lui donnera un fils, baptisé Benito, évidemment et il l’épousera. Ce qu’Ida ignorait, c’est que Mussolini était déjà marié, avait déjà une fille et dans sa marche vers le pouvoir, Rachele avait un meilleur profil idéologique, le genre à ne pas sortir de la cuisine. Aussi, comme on a occulté durant deux décennies, l’existence de Mazarine; Ida et le petit Benito sont désormais deux taches à faire disparaître du respectable CV du Duce. La solution s’appelle asile psychiatrique où ils pourront hurler tout leur saoul qu’ils sont la femme et le fils de Mussolini.
De ce scoop historique, Marco Bellocchio tire un long métrage impressionnant. S’il est un film qui explicite le mot mis en scène, c’est bien celui-là. En effet, à la base, il y a un mélodrame, l’histoire d’une femme qui se donne tout entière à un homme, lequel va la sacrifier sans états d’âme à son destin politique. Mais elle refuse de renoncer à son identité, refuse de s’effacer.
Pour donner à cette histoire toute sa puissance, toute son italianité, Bellocchio la traite sur le mode de l’opéra, comme un livret de Verdi. D’ailleurs, il emprunte des extraits d’Aïda et Rigoletto alors que le compositeur se met à la portée de l’auteur de la Traviata. Et d’une certaine manière, la musique est à l’opéra, ce que l’image est au cinéma : la composante fondamentale. D’autant plus que le cinéma est muet à l’époque des faits. Sans renoncer à la parole, Bellocchio imagine son film comme s’il était un film en lui donnant un rythme particulier et surtout en s’attachant à démultiplier la force expressive des images. Il en emprunte d’ailleurs au "Kid" de Chaplin pour aussi exprimer le déchirement d’une mère séparée de son enfant. Il a également recours aux images d’archives. Et là, Bellocchio a une idée lumineuse. Le Mussolini amant d’Ida Dalser est incarné par un acteur Filippo Timi, mais lorsqu’il devient le leader fasciste, c’est le vrai Mussolini qui est à l’écran, celui des images de propagande, alors que l’acteur incarne désormais son fils.
"Vincere" est tout à la fois un mélodrame poignant, une mise en scène exceptionnelle, la métaphore d’une Italie trahie, une mise en abyme politique esquissant la continuité de Mussolini à Berlusconi. Dans une synthèse étourdissante, Marco Bellochio embrasse ses thèmes chers, la famille (Les poings dans les poches, Le saut dans le vide), la psychiatrie (Fous à délier), la violence politique (Buongiorno, Notte), la religion (Au nom du père, Le sourire de ma mère) et amène deux comédiens Filippo Timi et Giovanna Mezzogiorno a se dépasser pour offrir des compositions inoubliables. "Vincere", ce n’est pas du cinéma, c’est du 7e art.
Savoir Plus
Réalisation, scénario : Marco Bellocchio. Images : Daniele Cipri. Décors : Marco Dentici. Musique : Carlo Crivelli. Montage : Francesca Calvelli. Avec Giovanna Mezzogiorno, Filippo Timi 2h08.
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