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Un ange à la mer**
Frédéric Dumont, d’une expérience douloureuse à la fiction
Fernand Denis
Mis en ligne le 10/02/2010
Formé à l’IAD, Frédéric Dumont est assistant réalisateur pendant 5 ans avant de basculer un peu par hasard dans le documentaire. Un premier essai, "Le chemin des aigles", est acheté par plusieurs télévisons, et il va en réaliser une dizaine. Mais aussi des films industriels, des publicités, avant d’aborder son premier long métrage de fiction autour d’un sujet très personnel.
"Je n’ai aucune pudeur par rapport à cela, avoue le cinéaste belge. Mon père était maniaco-dépressif. Il était dans une phase de dépression terrible. Je jouais au foot, il m’a appelé, et il m’a dit: "Ce soir, je me tue." Et il m’a fait jurer sur la tête de mon grand frère de ne le dire à personne. J’ai gardé le secret 25 ans. Je surveillais mon père jour et nuit. J’ai écrit ce film à partir de souvenirs, de cauchemars, de fantasmes liés à mon histoire. Sans être réaliste, car le temps déforme tout".
Frédéric Dumont a distillé cette expérience douloureuse, l’a concentrée en une phrase qui explose comme une grenade à la figure d’un enfant. "Je trouvais intéressant de bâtir un scénario sur cinq mots: "Ce soir, je me tue." Toute la tension, tous les dégâts viennent de cette simple phrase. Il n’y a pas de coups, de viol, de violence physique; juste cinq mots. Comment peut-on maltraiter un enfant avec cinq mots ? Le film a mis du temps à se monter, car tout le monde voulait que je médicalise le scénario. Mais j’ai refusé. Seul le point de vue de l’enfant m’importait. A 12 ans, je croyais que mon frère allait mourir. Foudroyé par un éclair comme dans une bédé, si je parlais."
S’explique-t-il aujourd’hui cet acte irresponsable, voire criminel, d’un père ? "Il prend cet enfant pour une bouée de sauvetage. L’enfant reçoit un coup sur la tête, mais en même temps, il se sent privilégié d’avoir cette relation unique avec son père. Je me sentais le fils préféré, alors que nous étions six enfants. Ce jour-là, c’est moi qu’il a choisi. Un privilège qui avait un prix énorme."
Le prix de l’enfermement ? "La mise en scène est construite pour renforcer ce sentiment. Par exemple, il y a beaucoup de travellings avant au cours desquels les personnages sont, l’un après l’autre, exclus du cadre où il ne reste finalement plus que l’enfant. C’est systématique. En fait, c’est l’enfant qui exclut les autres, car il a peur de craquer dans un moment de faiblesse. C’est le premier principe de la mise en scène. Le second, c’est que j’avais envie que les personnages vivent dans l’ombre et dans la lumière. Je voulais des parties d’ombre tellement grandes que l’on peut juste voir une oreille dans un visage. Parce que les personnages vivent des choses quand ils ne sont pas éclairés. C’était une façon visuelle d’exprimer mon désir de ne pas tout montrer, tout expliquer, de laisser les personnages dans le noir et de les retrouver quand la lumière passe. Et pour cela, le phare m’a beaucoup aidé. Quand on ne montre pas tout, on peut deviner plein de choses."
Au-delà du récit, le film a-t-il une intention préventive ? "C’est un grand mot, mais on ne peut pas dire n’importe quoi à un enfant. Il y a des risques à dire: "Ta mère me fait chier" ou "Je me barre". Ces phrases peuvent traumatiser. Le film dit: "Soyons prudents, surveillons que la blague soit bien comprise." Le film est passé dans beaucoup de festivals. A cha- que projection, une personne est venue me dire: "Moi, j’ai un secret, mon père m’a dit cela " Et plus incroyable. Il n’y a pas une projection sans que quelqu’un me dise: "Je me rends compte que je maltraite mes enfants, je vais me faire soigner." Peu importe la carrière du film, le fait d’entendre cela, pour moi, c’est gagné."
Avec l’aide d’Olivier Gourmet. "J’ai écrit le scénario avec plein de photos de lui dans mon bureau. On s’est vu chez lui, et il m’a dit: "C’est une priorité." Je l’ai vu plusieurs fois totalement envahi par le rôle. Dans le viseur, ce n’était plus Olivier Gourmet, mais quelqu’un d’autre. C’était impressionnant. Mais en plus de son travail de comédien, il a déployé toute son énergie pour entraîner tout le monde, car on devait tourner à toute vitesse."
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