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Precious***

Redessiner sa triste destinée

Stéphanie Grofils

Mis en ligne le 03/03/2010

“Precious” peint le combat d’une jeune fille contre la haine et la misère. Un film poignant, plein d’empathie et de tendresse, qui dépasse la violence.

Claireece Precious Jones, dite "Precious", est une adolescente de 16 ans, obèse, illettrée et victime d’inceste de la part de son père. Elle vit dans la misère d’un foyer de Harlem, entre sa mère qui la déteste et l’assistance sociale. Sa chance tourne lorsqu’elle est envoyée dans une école alternative, où elle peut enfin s’exprimer, raconter ce qui l’étouffe. Elle intègre ce petit monde, où de nouvelles perspectives s’offrent à elle, où chaque jeune fille peut devenir belle et indépendante.

Le nouveau film de Lee Daniels adapte avec habileté, l’histoire de Precious, tirée du livre "Push" de Saphhire. Lee Daniels peint avec sobriété l’horreur sociale à laquelle est confrontée Precious. Dans un profond respect pour ses personnages, le réalisateur a choisi, à raison, de ne pas dramatiser davantage une réalité déjà très rude. La jeune fille ne manifeste pas sa souffrance avec exubérance. Precious traverse sa vie misérable, les moqueries incessantes, sa grossesse incestueuse, la violence et la haine de sa mère, avec une retenue et une force déconcertantes. Et même lorsqu’elle craque, le ton reste juste.

Pour encore éviter le pathos, Lee Daniels, en phase avec son personnage clef, habille la réalité de touches de rêverie. Precious, comme toutes les jeunes filles de son âge, rêve légitimement d’amour, et de succès. Et ponctuellement durant le film, son esprit s’évade du quotidien - , et, avec lui, celui du public -, dans un monde fantasmagorique, non dénué d’humour, où Precious s’imagine en chanteuse adulée, tournant dans un clip vidéo, et convoitée par l’objet de ses désirs : un voisin qui, en réalité, la maltraite lorsqu’il la croise en rue.

Car la réalité rattrape trop vite l’adolescente, et de sa douleur timide émane un silencieux cri de détresse. Cette tension douce-amère est servie par la convaincante interprétation de Gabourey Sidibe, épatante de sincérité et de justesse dans le rôle de Precious, ainsi que par Mo’nique, remarquable en mère haineuse et agressive.

À leurs côtés, Paula Patton interprète avec bon sens le rôle de Ms Rain, professeur providentielle et salvatrice. Il faut encore noter les brèves apparitions de Lenny Kravitz, attachant en infirmier, et la performance réussie de Mariah Carey, méconnaissable en assistante sociale, qui tente de jouer les médiatrices entre Precious et sa mère, Precious et elle-même, Precious et la vie.

L’empathie avec le personnage est inévitable. Mais l’histoire de ce destin tragique, Lee Daniels a réussi à la porter à l’écran, sans tomber dans une pitié larmoyante. Car à travers ce film, c’est avant tout un réquisitoire contre les ghettos et les laissés-pour-compte de la société américaine qu’il faut voir. C’est ce qui fait sa force et saura sans doute séduire public et jurys, des oscars et d’ailleurs.

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Réalisation : Lee Daniels. Scénario : Damien Paul, Andrew Dunn. Avec Gabourey Sidibe, Mo’Nique, Lenny Kravitz, Paula Patton, Mariah Carey. 1 h 42 min.

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