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La Rafle

Les indésirables

F.Ds

Mis en ligne le 10/03/2010

L’évocation de la fameuse rafle du Vel’ d’hiv’, le 16 juillet 1942 avait-elle besoin de tels procédés pour toucher le public, avait-elle besoin d’une telle accumulation de clichés, d’une telle sensiblerie, de la salve de violon yiddish ?

Moi aussi, ze veux prendre le train." Il est trop mignon, le petit garçon de 4-5 ans. Sa mère est morte pendant la rafle, il a été recueilli par les voisins, et maintenant c’est le chouchou de l’infirmière. Ah un môme, rien de tel pour émouvoir ! Surtout un tout bouclé, avec des grands yeux tout ronds, et qui zézaye en rafale des mots d’enfants. Préparez vos mouchoirs !

L’évocation de la fameuse rafle du Vel’ d’hiv’, le 16 juillet 1942 avait-elle besoin de tels procédés pour toucher le public, avait-elle besoin d’une telle accumulation de clichés, d’une telle sensiblerie, de la salve de violon yiddish ? C’est pas le fait qu’on ait déjà vu, tant de fois, ces scènes d’arrestation; c’est de les voir si mal mises en scène, avec des personnages si stéréotypés, débitant des dialogues aussi improbables que pontifiants.

C’est pour la bonne cause, dit-on, pour le devoir de mémoire, la valeur pédagogique. La bonne pédagogie passe-t-elle nécessairement par un film médiocre ? D’autant que du point de vue historique, on a beau nous assurer que tous les personnages sont authentiques; le pourquoi et le comment du Vel’ d’hiv’ restent nébuleux. Une guerre des polices, le zèle de Pétain et Laval, un cadeau à ce moustachu qui passe ses vacances à Berchtesgaden — superbe la vue — à fêter son anniversaire avec des petites filles et à boire des cocktails avec Eva Braun ?

D’ailleurs, la rafle n’occupe que la moitié du film, après ce sont les camps français où les familles furent conduites avant d’être éclatées. Là, c’est intéressant, car on apprend que les hommes, les femmes et puis les enfants furent envoyés, par trains séparés, à Auschwitz.

Vraiment, il y a un film à faire sur la rafle du Vel’ d’hiv’, du cinéma qui puisse faire oublier ce malheureux spectacle dont les décors en effets spéciaux, les effets de grue et les têtes d’affiche cachent mal un révulsant chantage à l’émotion. Un film qui serait digne — pas ce tire-larmes hollywoodien qui d’un certain angle, finit bien —, digne de la mémoire de ceux que les nazis et leurs collaborateurs français appelaient les indésirables.

Savoir Plus

Réalisation : Rose Bosch. Avec Jean Reno, Mélanie Laurent, Gad Elmaleh 1h55.

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