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Cartoon Movie 2010

L'animation européenne élargit ses horizons

Alain Lorfèvre

Mis en ligne le 10/03/2010

Des projets tous azimuts, de toutes les formes et dans toutes les dimensions.
Envoyé spécial à Lyon

Au 12e Cartoon Movie, forum européen de la production, qui s’est tenu des 3 au 5 mars à Lyon, on a pu percevoir les nouveaux contours de l’animation européenne. Ils s’étendent désormais jusqu’au Japon ou à l’Argentine : le Français Denis Friedman a produit "Yona Yona Pingouin" de Rintarô, maître nippon de l’anime tandis que "Tin Gods" de Juan Antin ("Mercato le Martien") est une coproduction franco-argentine. Horizons lointains dont les chemins passent par l’Hexagone : parmi les quarante-deux projets présentés, la moitié est d’initiative ou à participation française. Le CNC ne s’y est pas trompé, qui s’est rebaptisé Centre National du Cinéma et de l’Image animée. Le choix de Lyon comme lieu d’accueil du Cartoon Movie rappelle que la région est le centre névralgique des industries de l’image en France (lire ci-contre).

Les paysages de l’animation européenne sont, toutefois, relativement marqués. Au nord, le Danemark en tête (huit projets), on privilégie les films familiaux à destination du jeune public. Au sud, l’Espagne (sept projets) fait des rêves américains - à l‘image de "Planet 51", à l’impressionnante carrière internationale, que tout le monde croit conçu à Hollywood alors qu’il l’a été à Madrid. A l’Ouest, France, Belgique et Grande-Bretagne affectionnent un cinéma d’auteur aux choix esthétiques tranchés. Des non-Européens y viennent en quête de liberté artistique, comme l’Israélien Ari Folman ("Valse avec Bashir") qui développe "The Congress" avec Les Armateurs de Didier Brunner ("Les Triplettes de Belleville", "Brendan et le secret de Kells"). A l’Est, enfin, un cinéma d’animation au passé prestigieux renaît des cendres postcommunistes : le festival Anima de Bruxelles venait de le rappeler avec une rétrospective sur l’Ecole de Zagreb, le Cartoon Movie l’a confirmé dès son film d’ouverture, "In The Attic" de Jirí Barta, film en volumes rappelant Jirí Trnka.

L’animation européenne prend aussi du relief, sous l’effet des ondes de choc "Up" et "Avatar" : huit projets s’y annoncent en stéréoscopie, y compris - nouveauté - des œuvres en 2D. Ce n’est pas un hasard si ses pairs ont décerné au Belge Ben Stassen le prix du meilleur producteur de l’année ("LLB" du 9 mars), alors qu’il n’a même pas encore sorti dans les salles son nouveau "Around the World in Fifty Years" et que lui-même constate que la vraie révolution du relief se fait encore attendre.

Les horizons s’élargissent, enfin, dans le contenu. A côté des traditionnels films tous publics (le Suédois "Space Cadets", le Britannique "Roze and the Robots") ou des classiques Jeunesse ("Emilie Jolie", "Miffy" d’après la série du Néerlandais James Still), s’alignent adaptations littéraires ("Au cœur des ténèbres" d’après Joseph Conrad, "Les histoires extraordinaires" d’après Edgar Allan Poe), histoire ("Je vous ai compris" autour de l’indépendance algérienne, "11", évocation de la Première Guerre mondiale), documentaire et autobiographie ("Approuvé pour Adoption" de Laurent Boileau et Jung Henin). L’animation n’est plus perçue comme un territoire exclusif. Les réalisateurs du réel l’investissent : Laurent Boileau vient du documentaire, tout comme Ari Folman. La vedette de ce Cartoon Movie était un vieux débutant nommé Patrice Leconte. Avec "Le magasins des suicides", il ambitionne de "rejoindre le club très sélect des réalisateurs passés à l’animation : Terry Gilliam, Tim Burton, Robert Zemeckis, Wes Anderson, Luc Besson, etc.".

Face à ces perspectives enthousiasmantes se pose toutefois la question du public. Même si trois quarts des quarante projets présentés n’aboutiront sans doute pas, ceux qui arriveront sur les écrans devront démontrer leur rentabilité. Si les Scandinaves alignent des budgets peu coûteux (deux millions d’euros seulement pour le Danois "The Great Bear"), les franco-belges sont plus gourmands ("L’Illusionniste" de Sylvain Chomet a coûté 15 millions). Or le gâteau des 47 millions spectateurs européens de films d’animation devra se partager entre des convives plus nombreux. Marc Vandeweyer, directeur général de Cartoon, le soulignait en préambule : "L’augmentation de l’offre a rendu l’exposition de nos films plus difficile et leur marketing plus cruciale encore. [ ] Il nous reste à faire connaître [la qualité des films européens] au grand public et à l’attirer d’avantage." A Lyon, on parlait beaucoup production, moins communication. Le prochain défi ?

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