La Libre.be > Culture > Cinéma > Article
lebanon **
Les chemins de la gloire
Alain Lorfèvre
Mis en ligne le 17/03/2010
Qu’est-ce qui vous a amené au cinéma ?
Je suis né et j’ai grandi à Tel Aviv. A l’âge de 6 ans, mon oncle maternel m’emmenait au cinéma trois ou quatre fois par semaine. J’ai vu beaucoup de films catastrophes et de westerns. Une image m’a marquée, celle d’un train arrivant sur la caméra à toute vitesse. A 13 ans, mon père m’a offert une caméra 8 mm. Le lendemain, j’ai tenté de reproduire cette image : j’ai posé la caméra entre les rails d’une voie de chemin de fer. Quand le train est arrivé, il a pulvérisé la caméra en mille morceaux ! Ce fut ma première leçon de cinéma J’ai travaillé pendant les vacances et j’ai pu m’offrir une deuxième caméra. Jusqu’à mes 18 ans, j’ai tourné quantité de petits courts métrages. J’ai ensuite étudié le cinéma à l’université après mon service militaire.
Le service militaire est-il le devoir de tout jeune Israélien ?
C’est quelque chose qui fait partie intégrante de la vie d’un Israélien. Spécialement pour les gens de ma génération dont les parents - ou de nombreux proches - ont été internés dans les camps de concentration et d’extermination. Je me souviens d’un professeur, rescapé des camps, qui nous disait que si nous ne prenions pas les armes pour défendre notre pays, nous serions exterminés. Les enfants et les adolescents israéliens sont aussi insouciants que ceux de n’importe quel pays mais ils sont conditionnés à être des combattants.
D’autres films israéliens récents (“Valse avec Bachir”, “Beaufort”) abordent la guerre du Liban de 1982. Pourquoi maintenant ?
En ce qui me concerne, cela répond à un besoin. Ce n’est pas tant la quête d’une rédemption, mais celle d’une compréhension, parce que j’ai une responsabilité individuelle dans cette guerre. Même si, comme je l’ai dit, c’est contraints que nous étions dans l’armée, nous avons - j’ai - appuyé sur la détente. Je ne peux éluder le fait que j’étais le dernier d’une chaîne mortelle. Le paradoxe veut que, compte tenu de la pression sociale, aujourd’hui encore, en parlant de tout ça, j’ai l’impression de m’apitoyer sur mon sort, par rapport à ce qu’ont vécu mes aînés. Le moment crucial, pour les réalisateurs de ma génération, selon moi, fut la deuxième invasion du Liban. Devenus à notre tour parents, nous voyions soudain nos enfants confrontés à ce que nous avions vécu. Une ligne rouge a été franchie. Lorsque j’ai vu à la télévision cette nouvelle guerre présentée comme le meilleur reality show du moment, j’ai compris que mes interrogations n’étaient pas qu’une question de délicatesse personnelle.
Avez-vous pensé dès le début à raconter l’histoire de l’intérieur du tank ?
Je voulais une trame simple, qui se résume à quelques lignes. Ce film n’est pas mon histoire littéralement, mais plusieurs événements du film en sont inspirés, notamment l’épisode avec la mère de famille. L’élément central du récit est le conflit intérieur auquel est confronté Samuel. Comment représenter celui-ci à l’écran ? Comment faire ressentir d’un point de vue émotionnel ce qu’est le baptême du feu ou la perte des valeurs élémentaires de la société quand vous faites face à ce choix : appuyer sur la gâchette ou être tué ? D’où cette idée de placer le spectateur dans une situation de claustrophobie, qui est celle que vivent les combattants.
Comment avez-vous travaillé avec vos acteurs ?
Aucun d’entre eux n’a connu l’épreuve du feu. La première chose essentielle était de parvenir à leur faire comprendre ce qu’est d’être enfermé dans un tank. Nous les avons enfermés un à un dans un conteneur, petit, sans lumière et en pleine chaleur. Après quelques heures dans ces conditions, vous vous retrouvez dans un état quasi léthargique. A ce moment-là, nous avons commencé à frapper les tôles du conteneur avec des barres de fer - ce qui finit par provoquer un autre état de tension : on attend le choc suivant. A leurs yeux, j’ai pu comprendre qu’ils avaient ressenti et expérimentés les émotions adéquates. Plutôt que de longues discussions, tout était question de les placer dans le bon état émotionnel. Pour l’acteur qui joue le canonnier, j’ai décidé de l’envoyer chaque soir voir des mères qui avaient perdu leur fils à la guerre, pour lui faire constater la conséquence du dilemme auquel est confronté son personnage : tuer ou être tué.
Cette notion est-elle le cœur de votre réflexion ?
C’est l’arnaque et le piège de la guerre. Les soldats, en tout cas les conscrits, sont des gens normaux. Placez-les dans une situation où leur vie est en jeu, et les barrières tombent. Cela prendra selon les cas 24, 48 ou 72 heures, mais au bout du compte, le résultat est le même : l’instinct de survie prend le dessus. Et c’est comme une drogue, vous ressentez cet état de façon physique. Certains y deviennent accros. Et c’est une mise en condition. Je me souviens que lorsque nous approchions d’un village, les gars des renseignements nous disait : il y aura des snipers à un balcon sur deux. Au début, on se dit : je vais vérifier chaque balcon, pour être sûr qu’il n’y a pas une famille. Mais, rapidement, on s’aperçoit que si on fait ça, on augmente le risque d’être tué le premier. Et à chaque village, on vous répète la même chose. Quelle est votre option, alors ? Dans le doute, vous arrosez les balcons.La guerre n’est plus une question morale, c’est juste une chose monstrueuse à laquelle vous essayez de survivre.
Le point de vue subjectif depuis le tank fait au jeu vidéo.
Mais c’est précisément la source d’inspiration des concepteurs de jeu vidéo. L’acteur, en découvrant le décor, m’a dit : "Hé, ça ressemble à un joystick." Je lui ai répondu : "Non, c’est ton joystick qui copie ça." Je n’étais pas conscient de cette analogie. Mais je m’en réjouis : j’espère que les jeunes spectateurs la feront et réaliseront d’où viennent leurs jeux et ce qu’ils représentent.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...