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l'autre dumas **

Safy Nebbou, au spectacle avec deux Ferrari appelées Depardieu et Poelvoorde

Alain Lorfèvre

Mis en ligne le 17/03/2010

Le réalisateur de “L’Autre Dumas” évoque son travail avec les deux acteurs, dont c’était la première collaboration à l’écran.

Safy Nebbou ("L’Empreinte de l’Ange") affronte plusieurs monstres sacrés dans son troisième long métrage. Dumas, bien sûr, mais aussi Depardieu et Poelvoorde - deux pointures, deux tempéraments, qu’il a manifestement réussi à dompter.

Pourquoi Dumas ?

J’ai lu Dumas adolescent mais je ne connaissais pas Auguste Maquet. Je l’ai découvert à travers le scénario de Gilles Taurand. J’ai trouvé cette histoire intéressante et injuste. J’aimais la proposition de parler d’une ombre.

Il y a un mélange des genres : c’est un drame, mais il y a aussi de la dérision.

Et de la mélancolie J’appelle ça "une tramédie", où se mêlent à la fois le sourire et le malaise. C’est quand même une tragédie.

C’est aussi une réflexion sur la renommée : on ne prête qu’aux riches comme on ne prête qu’aux célébrités.

Oui, tout d’un coup, parce qu’on croit que Maquet est Dumas, on lui trouve toutes les qualités qu’on ne lui a jamais accordées. Charlotte, c’est une fan. Je ne sais pas ce que c’est que d’être Madonna sous le regard de ses fans. Ça doit tourner la tête. Imaginez ce que ça ferait à la doublure de Madonna d’être confondue avec son modèle

Jusqu’à quel point les personnalités de Maquet et Dumas correspondent-elles à la réalité ?

"Parlait peu, sortait peu, fidèle, loyal, travailleur incroyable" : c’est, en gros, ce que les témoignages de l’époque rapportent de Maquet.

Soit l’antithèse de Benoît Poelvoorde…

Ah ça, oui ! (Rires). Mais il y avait une évidence quand je l’ai rencontré. On sent qu’il y a une tendresse, une fragilité chez lui, donc un potentiel d’émotions. Pour moi, c’était évident qu’il ferait un grand Maquet. Benoît a envie de ça. Il a moins peur d’être fragile à l’écran. Je sais qu’il avait fait vivre un enfer à Anne Fontaine sur "Entre tes mains", parce qu’il était angoissé par cette nouvelle image. Ici, pas du tout. Est-ce parce qu’il s’en fout plus, désormais, ou qu’il a moins peur de ça ? Il me disait tout le temps : "Je te fais confiance, vas-y."

Lui et Depardieu, est-ce deux tempéraments aisément contrôlables ?

De mon expérience, oui. Mais j’ai peut-être eu de la chance. Ils avaient de l’intérêt pour le projet. Et se sont comportés comme deux acteurs contents d’être sur le plateau et de faire ce film. C’étaient des Ferrari. En plateau, tous les deux, ils ont besoin de déconner. Ce qui n’est pas un problème, entre les prises. Ils allaient plutôt bien et étaient heureux d’être ensemble.

Une Ferrari, il faut savoir la contrôler.

Oui, bien sûr. Mais pour moi, un acteur, qu’il soit Depardieu ou inconnu, ça reste un acteur. Je passe les vitesses. C’est le metteur en scène qui propose à l’acteur de venir dans son univers. Je n’oublie jamais que c’est moi qui ai choisi les acteurs qui sont là. Je n’ai jamais eu peur de demander à Gérard de refaire une prise - alors qu’il est réputé en faire peu. Ma seule crainte était d’être frustré et je ne l’ai jamais été avec eux. Je n’ai pas "subi" des acteurs et leurs caprices. J’ai découvert un truc que j’ignorais, à propos de tous les deux, c’est qu’ils ont le respect du chef de bande. Gérard, ça vient sans doute de son expérience du mec de la rue, de vieux loubard : il y a toujours un chef. S’il respecte le chef, il l’écoute. Et Benoît, c’est un bon élève. Avec deux grandes différences à la fin des prises : Benoît se tourne tout de suite vers moi et demande si c’est bien, et Gérard, lui, est déjà en train de regarder ailleurs : il n’en a rien à foutre du regard qu’on porte sur lui - ce qui fait sa force. Ce n’est pas un angoissé de son image. Benoît était comme un enfant avec Gérard. Il est au spectacle. Et Gérard lui donne ce spectacle.

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