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Festival de cannes
Les deux font l’Huppert
Fernand Denis
Mis en ligne le 21/05/2010
On pensait qu’Isabelle Huppert avait tout fait à Cannes. En quelque sorte, elle y est née, artistiquement bien sûr, en 77 avec la "Dentellière" de Goretta. Elle est passée par toutes les sections. En 80, elle a monté trois fois les marches - on les descendait plutôt au palais Croisette de l’époque - avec trois films en compétition. Elle a gagné le prix d’interprétation avec "La pianiste". Elle a été membre du jury et, honneur suprême, elle l’a présidé l’an dernier. What else !, dirait George, retenu ailleurs.
Eh bien, elle partage l’affiche du film "Copacabana" avec sa fille Lolita, Chammah comme son papa.
En les regardant assises, côte à côte, elles ne ressemblent pas. Isabelle plus fluette que jamais, Lolita n’en paraît que plus charpentée, plus fonceuse. On cherche un air de famille, on n’en trouve pas, ni les yeux ni la bouche, seulement dans les gênes, la passion d’un métier. "Je ne me suis jamais dit que j’avais envie de devenir une actrice, c’est venu naturellement", constate Lolita. "Je n’ai rien vu venir, c’est elle qui a décidé", enchaîne Isabelle. "Il n’y a pas vraiment un moment où je me suis décidée. Toute petite, j’avais joué dans "Une affaire de femmes" de Chabrol et puis un film de Werner Shroeter, mais je pense que c’est "La vie moderne" qui a compté. Laurence Ferreira Barbosa était à la maison. On était dans la cuisine et elle m’a proposé un rôle. Pourtant à ce moment-là, c’était violent pour moi, je n’en avais pas envie. C’était en 2000, j’avais 15 ans, j’allais à l’école."
Les voilà professionnellement ensemble sur un plateau. Une envie commune ? "On ne cherchait pas un projet pour travailler à deux, raconte Lolita. Je connaissais Marc Fitoussi, j’avais travaillé dans son premier film "La vie d’artiste". Ce n’était ni un rêve ni une peur, nous étions juste ravies de le faire."
Le spectateur non averti ne le verra pas, mais le fait de voir mère et fille à la ville, jouer mère et fille à l’écran donne un piment à "Copabana" qui ne fut pas tourné au Brésil comme on pourrait le supposer mais en partie à Ostende. Isabelle Huppert y incarne Babou une mère légèrement déjantée, joyeusement marginale, vivant une vie de bohème, passant d’un petit boulot à l’autre sans s’attarder. Sa fille, elle, n’en peut plus, elle veut une vie plus stable. Non seulement, elle a décidé de se marier mais a prié sa mère de ne pas assister au mariage. Le ressort de cette comédie sociale est tout entier dans ce renversement des rôles, une mère se comporte comme une gamine et la fille comme une adulte. "Le film est une fiction totale. Le scénario n’a strictement rien de personnel, précise Lolita. Mais c’est une situation qui n’est pas rare dans ma génération. J’en connais des filles autour de moi qui souhaitent de vivre une vie plus organisée, plus stable, que leurs parents."
On imagine toutefois qu’une vie d’actrice n’a rien d’une existence d’employée de banque. "Penser que la vie d’actrice est une vie de bohème est un cliché, tient à spécifier Isabelle Huppert. Ma vie est très confortable. Ce qui est vraiment dur dans la vie d’actrice, c’est qu’on ne sait jamais ce qu’on va faire dans six mois. Mais Lolita le sait; elle a vu mes creux, mes frustrations. Pour le reste c’est une vie normale, même les absences, c’est le lot de beaucoup de gens." Et Lolita de terminer la phrase : "C’est comme cela, on est habitué." La mère n’est-elle pas inquiète de voir sa fille exposée à un monde très rude, à ces castings que l’on peut vivre comme autant d’humiliations. "Lolita a beaucoup plus de confiance en elle que je ne pouvais en avoir à son âge, confesse Isabelle Huppert. Il faut être dur avec soi-même pour faire ce métier. Mais la vraie force, c’est de ne pas prendre personnellement le fait de pas être choisie." Et Lolita d’ajouter : "C’est dur quand un metteur en scène que vous aimez prend quelqu’un d’autre. C’est très dur, mais on sait que c’est comme cela si on ne correspond pas à l’idée qu’il se fait du personnage."
Marc Fitoussi, lui, a su voir en Isabelle Huppert une formidable actrice de comédie, avec un style, un peps, un abattage bien à elle et une surprenante efficacité. Est-ce, comme on le dit, plus difficile de jouer dans une comédie que dans un drame ? "Non, j’ai trouvé cela franchement agréable de jouer quelque chose de léger pour une fois. Ce qui est vraiment difficile, c’est de travailler avec un mauvais metteur en scène."
Après Cannes leurs routes artistiques vont forcément se séparer. "Je pars en tournée avec une pièce tout l’été et j’ai trois projets de film pour l’année prochaine." "Et ton prochain film, "Memory Lane", sera au festival de Locarnoro", lui rappelle Isabelle, qui, elle, va retrouver son tournage. Elle incarne une célèbre photographe qui a des rapports névrotiques avec sa fille. "Elle voit dans sa fille une projection narcissique d’elle-même." De quoi conclure la rencontre par un bel éclat de rires !
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