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Festival de cannes

Doug Liman et Ken Loach mettent le festival à l’heure irakienne

Fernand Denis

Mis en ligne le 21/05/2010

“Fair Game” met en scène l’affaire Valerie Plame et “Route Irish” s’intéresse aux mercenaires anglais, les contractors.
Envoyé spécial à Cannes

Alors que la Croisette s’attend à vivre aujourd’hui une manifestation de protestation à l’encontre de "Hors-la-loi", qui évoque les émeutes sanglantes de Sétif en 1945, on s’émerveille une fois de plus devant la capacité de réaction du cinéma américain en découvrant Fair Game. Le film de Doug Liman évoque l’affaire Valerie Plame, un agent de la CIA, volontairement grillée, en 2003, par l’administration Bush. Il s’en suivit un scandale, mondialement médiatisé, sans qu’on ne comprenne très bien les tenants et aboutissants. Sous la couverture d’une femme d’affaires, Valerie Plame animait des réseaux de renseignements, en Irak notamment, destinés à établir la réalité du programme nucléaire irakien et l’existence d’armes de destruction massive (ADM). On s’en souvien,t "Green zone", montrait un officier américain cherchant désespérément les ADM répertoriées sur sa carte d’état-major. "Fair Game" se situe juste avant, à l’heure où la Maison Blanche s’emploie à fabriquer les preuves pour justifier sa guerre contre l’Irak, formidable débouché pour l’industrie de l’armement.

Doug Liman instruit cinématographiquement le dossier avec cette efficacité américaine, livrant un haletant thriller, politique et sentimental à la fois. D’une part le film dénonce le mensonge et l’intimidation utilisés par Bush et sa bande de néoconservateurs comme méthode de gouvernement. De l’autre, on suit le drame humain d’une femme dont les vies professionnelle et familiale sont pulvérisées. Une fois de plus, le cinéma remplit un rôle d’information, de contre-pouvoir auprès de citoyens décervelés par des journaux télé muselés par l’exécutif. Toutefois, si le réalisateur avait montré sa patte dans "Go" et "Bourne Identity", il ne sort pas vraiment sa griffe, ici. Ce qui ne permet pas à Naomi Watts, ni à Sean Penn de se surpasser.

On ne quitte ni l’Irak avec Route Irish, l’axe routier le plus dangereux du monde qui va de la Green Zone à l’aéroport de Bagdad. Frankie y a laissé sa vie. Au mauvais endroit, au mauvais moment, disent ses employeurs. On l’oublie parfois, Blair avait participé à l’imposture des ADM et poussé le déshonneur jusqu’à y envoyer des soldats. Certains sont devenus ensuite des contractors, des mercenaires sans foi ni loi, comme Frankie, des cow-boys protégeant les entrepreneurs débarquant dans ce nouvel Eldorado.

"Bread and roses", "Carla’s song"; Ken Loach se montre souvent moins inspiré lorsqu’il n’évolue pas sur son terrain. Et franchement, le déplacement en Irak est le plus difficile qu’on puisse imaginer avec toute la concurrence du cinéma US. "Route Irish" rappelle d’ailleurs "In the Valley of Elah", ce film de Paul Haggis où Tommy Lee Jones menait l’enquête sur les derniers jours de son fils en Irak en utilisant son téléphone portable. Dans "Route Irish", Fergus tente de reconstituer les derniers jours de son ami avec l’aide du GSM qu’il lui avait fait parvenir. Certes, avec l’accent de Liverpool, le thriller a une autre saveur et c’est le cynisme des sociétés de protection que Loach a dans la ligne de mire, mais on sent un peu trop la démonstration.

Pas de trace d’Irak dans Mon bonheur de Sergei Loznitsa, un voyage tout à la fois physique, historique et "touristique" à travers à l’Ukraine. Un chauffeur nous embarque dans son camion, des gens montent, descendent. Tout en regardant le paysage (ce n’est pas la Toscane) et les gens (Jérome Bosch aurait adoré), on se familiarise avec le pays, son histoire, ses rapports avec le grand frère russe, la triste réalité des gamines qui tapinent. On attend d’abord que le film et puis on redoute qu’il ne s’arrête jamais. Un coup de pelle neutralisant le chauffeur ne parvient pas à l’arrêter. "Mon bonheur" est le premier film ukrainien projeté à Cannes. On n’attend pas le deuxième avec impatience.

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