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Cannes: "Hors-la-loi" en lice, sur fond de polémique et de manifestation
AFP Internet
Mis en ligne le 21/05/2010
Objet en France de virulentes critiques et accusé de "falsifier l'histoire" franco-algérienne, notamment celle de massacres commis en 1945, le film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb, en lice pour la Palme d'Or au Festival de Cannes, est présenté vendredi. Evènement Cette production algéro-franco-belge, en sélection officielle à Cannes sous pavillon algérien, aborde notamment l'histoire des massacres de Sétif en 1945.
Plusieurs milliers d'Algériens avaient été tués par l'armée française au cours de ces massacres, déclenchés en répression de manifestations pro-indépendantistes dans l'est algérien qui avaient dégénéré et fait plus de cent morts parmi les Européens.
Le film a été dénoncé, avant même d'avoir pu être vu, par plusieurs personnalités de droite, ainsi que par l'extrême droite, des associations de harkis (anciens supplétifs de l'armée française en Algérie), d'anciens combattants et de pieds-noirs (rapatriés d'Algérie après l'indépendance en 1962).
Environ 1.200 manifestants, selon la police, se sont rassemblés vendredi à Cannes (Alpes-Maritimes) pour rendre hommage aux "victimes françaises" de la guerre d'Algérie et des massacres de Sétif, Parmi les manifestants réunis devant le monument aux morts de l'Hôtel de ville figuraient plusieurs élus UMP dont le député-maire de Cannes Bernard Brochant et environ 70 anciens combattants portant des drapeaux français ainsi que des représentants d'associations de harkis ou de pieds-noirs. Le Front national était présent avec une discrète banderole.
Le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca avait allumé la polémique fin avril, accusant le réalisateur franco-algérien d'avoir "falsifié" l'histoire, en occultant selon lui dans son film les meurtres d'Européens qui ont précédé les massacres de Sétif. N'ayant pas vu le film, il se basait sur un bref avis émis, à partir d'un scénario provisoire, par le service historique du ministère de la Défense, qui relevait des anachronismes. Des associations d'anciens combattants, de harkis et de pieds-noirs ont parlé à sa suite d'un "film à la gloire du FLN" (le Front de libération nationale de l'Algérie, actuellement au pouvoir), et des sites d'extrême-droite ont promis une "croisade sur la Croisette".
Douze intellectuels dont sept historiens, défendant la "liberté d'expression" ont dénoncé de leur côté un "retour en force de la bonne conscience coloniale", tandis que la Ligue des droits de l'homme (LDH) s'insurgeait contre les "pressions" exercées sur les financeurs du film et le festival.
Rachid Bouchareb a appelé au calme dès l'ouverture du Festival et souhaité que les désaccords suscités par cette "fiction" s'expriment "dans la sérénité".
"Devant de telles passions et dans un souci d'apaisement, il mapparaît important de rappeler deux choses : +Hors la loi+ est un film de fiction, une saga qui raconte lhistoire de trois frères algériens et de leur mère sur une période de plus de trente-cinq ans, du milieu des années trente à l'indépendance de l'Algérie en 1962. Il faut quil soit possible que le cinéma aborde tous les sujets", a-t-il déclaré. Thierry Frémaux, le directeur général du Festival, et le ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, ont également appelé à un débat apaisé.
"On ne peut pas parler sans passion de la guerre d'Algérie. Ce n'est pas un film d'histoire, c'est une fiction. La liberté de créer doit rester complète. Objectivement - et c'est un jugement de spectateur - ce film est digne des critères esthétiques du Festival de Cannes", a déclaré Frédéric Mitterrand.
Savoir Plus
Photo : Des anciens combattants manifestent le 21 mai 2010 à Cannes
Objet en France de virulentes critiques et accusé de "falsifier l'histoire" franco-algérienne, notamment celle de massacres commis en 1945, le film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb, en lice pour la Palme d'Or au Festival de Cannes, est présenté vendredi.
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