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Disparition
Bernard Giraudeau a jeté l’ancre
A.Lo. (avec F.Ds et AFP)
Mis en ligne le 19/07/2010
Bernard Giraudeau, qui souffrait d’un cancer depuis une dizaine d’années, est mort samedi matin à 7h dans un hôpital à Paris, a annoncé son agent. L’acteur, réalisateur et écrivain venait de fêter ses 63 ans, le 18 juin dernier. Né à La Rochelle (Charentes-Maritimes) en 1947, Bernard Giraudeau aura joué avec brio les séducteurs romantiques de comédie, les gros bras dans l’action et quelques héros tragiques, avant de passer à la réalisation et à l’écriture - avec succès. Quoique s’étant fait plus rare au grand écran ces dernières années - et pour cause -, il restait cité comme l’un des sexagénaires préférés des Français. Il avait encore présidé, le 27 avril dernier, la Nuit des Molières, la cérémonie annuelle du théâtre français.
En plus de trente ans de carrière, ce gaillard au sourire enchanteur et aux yeux clairs qui ne voulait pas être "un fonctionnaire de la pellicule", avait cultivé nombre de passions : théâtre, cinéma, voyage, écriture, sport. Fils de militaire, il s’était engagé à l’âge de 15 ans dans la Marine nationale française - il fit avec elle deux fois le tour du monde - avant d’exercer divers métiers puis de s’inscrire au Conservatoire de Paris, où il obtint un premier prix de comédie classique et moderne (1974).
Il fait ses premiers pas à l’écran face à Jean Gabin dans "Deux hommes dans la ville" de José Giovanni (1973), puis côtoie Alain Delon dans "Le Gitan" (1975) du même réalisateur. Sa belle gueule, sa carrure de "manuel" le font remarquer. "Et la tendresse, bordel" (Patrick Schulmann, 1977), "La boum" (Claude Pinoteau, 1980), "Viens chez moi, j’habite chez une copine" (Patrice Leconte, 1981), "Passion d’amour "(Ettore Scola, 1981), "Le Ruffian" (José Giovanni, 1983) ont fait de ce séducteur pas dragueur, le gendre idéal, improbable synthèse entre Delon et Belmondo, mêlant charme ténébreux et dynamisme solaire à un physique de terrassier.
Nommé au César du meilleur second rôle pour "Le Toubib" de Pierre-Granier Deferre (1979), l’acteur compte bientôt parmi les plus populaires des années 80 (il traîne avec la bande du Splendid dans certains films, comme "Papy fait de la résistance") et se retrouve aussi dans des films à grand spectacle (" Les spécialistes" de Patrice Leconte, (1985) avec son amical rival Gérard Lanvin, "Les longs manteaux "(1986) de Gilles Béhat). Craignait-il d‘échouer, tel Bébel, en star hexagonale rouleuse de mécanique ? "Quand on a un physique, il faut faire avec même s’il ne raconte pas ce qu’on aimerait qu’il raconte J’ai longtemps été ce que je ne suis pas. J’ai désormais décidé d’être ce que je suis", expliquera-t-il des années plus tard. Pour ce faire, il avait commencé à brouiller les pistes très tôt.
Ce fut le cas dès "Rue Barbare" (1984), virage musclé et rageur. Dans cette adaptation de David Goodis par Gilles Béhat, Giraudeau tout en muscles surprenait en loubard repenti mais toujours teigneux, allant de rixe en bagarre dans une lutte sans merci contre les barbares qui tyrannisent son quartier. Le film impressionna, fit date, parce qu’il marquait aussi une rupture dans le cinéma français, participant de l’émergence d’une nouvelle génération de réalisateurs, décomplexés, dans l’air eighties, trash et néons, du temps (dans des genres et avec des personnalités différentes : Beineix, Besson, Carax). Giraudeau continua, lui, à casser son image, comme avec "Poussière d’ange" (1987), de l’oublié Edouard Niermans, où il incarnait un inspecteur dépressif, dérivant de bar en bar depuis que sa femme l’avait lourdé.
Suit alors une parenthèse de trois ans. A son retour sur les écrans, Giraudeau paraît définitivement plus exigeant dans ses choix. On le voit chez Olivier Assayas ("Une nouvelle vie", 1993), Nicole Garcia ("Le fils préféré", 1994), François Ozon ("Gouttes d’eau sur pierres brûlantes", 2000), Claude Miller (" La petite Lili", 2002). Sa dernière apparition au grand écran, peu mémorable, fut dans le film d‘action "Chok-Dee" de Xavier Durringer (2004). Bernard Giraudeau passa également derrière la caméra, signant deux films de fiction ("L’autre" en 1990 et "Les caprices du fleuve" en 1996) et plusieurs documentaires - révélant dans les deux registres son goût intact des voyages et des paysages majestueux, souvenir de ses années de navigation.
On a aussi vu l’acteur à la télévision et, surtout, au théâtre. Il joua dans une vingtaine de pièces, régulièrement sous la direction de Bernard Murat. On notera aussi, pour l’anecdote, que l’acteur fut le narrateur des adaptations sonores des cinq premiers romans de la saga "Harry Potter" - sa voix devenant familière à un nouveau public. Dans le même registre, il avait enregistré trois classiques : "Pierre et le loup", " Le Petit Prince" et "Le Tour du Monde en 80 Jours". Il est aussi l’auteur d’une œuvre originale pour les enfants, "Les contes d’Humahuaca", un formidable livre-CD (Métailié-Naïve) où il emmène les jeunes oreilles dans les Andes à la rencontre de l’âne Gougou, de la grenouille Nénette ou de Kiki le condor
Depuis le milieu des années 1990, l’acteur le disputait à l’écrivain, avec succès. Bernard Giraudeau aura écrit une dizaine de romans et récits. Son dernier livre "Cher Amour" (édité chez Métailié), où un narrateur adressait récits de voyage et de théâtre à une femme rêvée, avait remporté le prix Pierre Mac Orlan en 2009.
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