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"Le cancer est arrivé et je n’étais pas trop étonné"
Eric Favereau © Libération
Mis en ligne le 19/07/2010
En 2001, Bernard Giraudeau avait révélé être atteint d’un cancer du rein, qui s’était étendu aux poumons en 2006. Il avait fait face à quatre rechutes, autant d’opérations et une chimio interminable. Bernard Giraudeau parlait ouvertement de sa maladie, se faisant le porte-voix de La Maison du cancer (www.la-maison-du-cancer.com), un site créé par deux journalistes afin de fournir aux malades des informations sur la façon de vivre le cancer au quotidien.
En mars à l’occasion de la Semaine nationale de lutte contre le cancer, il avait participé à l’émission "On ira tous à l’hôpital" où il avait, entre autres, évoqué la situation des patients confrontés aux "dysfonctionnements croissants de l’hôpital". En mai dernier, il témoignait avec beaucoup de franchise du vécu de son cancer.
Le cancer. "C’était justifié que les choses se passent comme cela. A un moment, je ne pouvais plus continuer, je voyais bien que j’allais vers quelque chose qui me rapprochait de l’abîme. Cela tenait à mon existence qui avait de moins en moins de sens, une course effrénée qui me maintenait en permanence dans un état d’angoisse, celle qui peut accompagner le métier d’acteur. J’allais où ? Un manque de sens, de profondeur, de recherche sur l’essentiel Et donc, le cancer est arrivé et je n’étais pas trop étonné. Mais j’ai repris, après, ce métier, avec une espèce de folie furieuse, et il a fallu que je rechute pour que je me dise : allez, stop. Allons voir dans la vie quelque chose d’autre. A un moment, j’ai eu le sentiment que c’était la mauvaise voie de continuer à vivre normalement, que ce n’était pas tout à fait juste. (...) Mon corps m’a dit stop. Mais cela n’a pas encore suffi. Après mon opération, je m’étais dit que j’allais tout faire pour changer ma qualité de vie, donner plus de temps aux gens que j’aime. Mais une fois encore, cela n’a pas tenu, j’ai très vite été à nouveau aspiré. Cinq ans plus tard, je recevais le choc d’une deuxième annonce avec des métastases au poumon. J’ai eu une troisième récidive, ils m’ont enlevé notamment des côtes, on m’a mis des plaques. Et là, il fallait que je prenne ma décision. Je ne pouvais plus faire ce métier, je ne pouvais plus continuer à ce rythme Alors oui, arrêter, c’est comme ça. Certes je peux lire des textes, je peux écrire. Mon regard sur les autres s’est aussi modifié, adouci."
Les traitements. "Les chimios ont tendance à vous enlever un peu de la vie. Alors, on s’interroge : si c’est pour continuer à vivre avec cette vision-là Mais il y a toujours des lueurs, non pas d’espoir mais de bonheur, des fragments possibles, des gens qui vous entourent, qui vous aiment. Bref, il y a toujours quelque chose qui fait que si je peux encore voir ou vivre cela, ou acquérir une connaissance Une connaissance de soi, de ce corps, là, qui, à un moment donné, se dérègle. On ne sait pas trop bien pourquoi, et on a du mal."
L’univers médical. "On soigne à la chaîne, avec des protocoles. On a beau dire que l’on soigne de plus en plus les cancers, on vous parle d’une survie à cinq ans. Cinq ans, c’est beaucoup et cela ne fait pas grand-chose. Et puis, le cancer échappe à tout le monde, aux scientifiques, aux médecins, mais il n’échappe pas au patient. (...) C’est à eux, cette maladie, ce n’est pas aux médecins. Il y a des médecins qui sont totalement inconscients, je les appelle les "médecins assis". (...) Ils sont assis sur leurs connaissances, ils ont tellement peur que l’on apporte quelque chose de nouveau qui les déstabiliserait "
Ce qui aide à faire face. "La méditation, la relaxation, et puis mon entourage. Ma femme, mes enfants qui sont très aimants Vous vous rendez compte qu’il vous reste dans la vie peu de choses, mais elles sont là, importantes. Un peu de bonheur, beaucoup d’amour. C’est tout bête. Et à part ça. Il faut être heureux avec ce que l’on a. Il faut calmer le jeu, arrêter les colères, ce qui n’est pas simple. Regarder les choses différemment, être plus aimant. Comprendre."
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