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Festival
36e Deauville, festival de l’écran américain
Fernand Denis
Mis en ligne le 03/09/2010
Si les tournages américains se multiplient à Paris, Christopher Nolan y a réalisé une scène fulgurante de "Inception". Woody Allen vient d’y faire tourner Mme Sarkozy et Martin Scorsese met en scène "The invention of Hugo Cabret"; à Deauville, le "21e arrondissement", les stars se font plutôt rares.
Il n’y a pas si longtemps, Monica Bellucci, Angelina Jolie, Brad Pitt, Matt Damon, George Clooney, les frères Affleck pour ne citer qu’eux, défilaient la même année sur les planches. Mais un tel feu d’artifice glamour semble désormais appartenir au passé. C’est qu’en 35 ans, le paysage du cinéma et particulièrement de sa distribution ont évolué.
Imaginé en 1975 pour débarquer à l’automne en Europe les grosses productions hollywoodiennes de l’été, Deauville a vu ce filon se tarir année après année. Les sorties simultanées sur toute la planète, la crainte du piratage, le marketing qui entend maîtriser la sortie de A à Z sans passer par la case festival sont autant de raisons qui ont amené cette ligne de force à s’atrophier. Des années durant, on a vu projeter dans la salle du CID les films les plus attendus, de "Jurassic" à "Nemo" en passant par les trois Jason Bourne. Aujourd’hui on n’y trouve pas même pas le "Eat, Pray, Love" de Julia Roberts, "The Tourist", "Social Network" ou "Harry Potter". Le plateau des avant-premières multiplie les découvertes plus ou moins attractives comme "The Company Men" avec Tommy Lee Jones, "The Debt" de John Madden, "Love and other Impossible Pursuits" avec Natalie Portman. Signe des temps, le seul gros morceau de ces avant-premières est un dessin animé "Despicable Me" qui viendra avec sa star, Gad Elmaleh, la voix française. Ce succès surprise de l’été américain est une production Universal réalisée par deux Français, Pierre Coffin et Chris Renaud.
Lionel Chouchan, André Halimi et Bruno Barde qui dirigent la manifestation, avaient anticipé cette tendance. Dès 1995, ils ont étoffé leur programme avec une compétition très condensée et filtrée à une dizaine de films. C’est à Deauville qu’on a découvert "Humpday" l’an dernier, "The Visitor", "Little Miss Sunshine", "Crash" (Collision) Le festival a ainsi repéré à leurs débuts Spike Jonze (Being John Malkovich), Christopher Nolan (Memento), Paul Haggis (Crash), les talents du ciné américain contemporain. Et ces premiers films viennent souvent accompagnés de leur équipe qui compte parfois une vedette, voire une star. C’est le cas d’Annette Bening cette année au générique de "Mother and Child". Elle sera reçue comme une hôte d’honneur du festival. C’était l’autre point fort de la manifestation depuis l’origine, rendre hommage aux vénérables gloires d’Hollywood. Celles-ci étant devenues éternelles ou intransportables, la section a pris un coup de jeune avec des hommages cette année à Annette Bening, Terry Gilliam, Gregg Araki. Mais Deauville compte aussi sur son jury pour attirer l’attention des photographes et des badauds. Sophie Marceau, Charlotte Rampling, Claudia Cardinale, Roman Polanski ou Jean-Pierre Jeunet l’an dernier furent ainsi président, une semaine durant. L’honneur revient cette fois à Emmanuelle Béart, entourée de Jeanne Balibar, Faouzi Bensaidi, Christine Citti, Nilda Fernandez, Tony Gatlif, Denis Lavant, Abderrahmane Sissako, et nos compatriotes Fabrice Du Welz et Lucas Belvaux.
Depuis 2003, le festival s’est aussi doté d’une solide section documentaires. Et dans son souci de faire évoluer sa manifestation tout en gardant son esprit initial, elle lance ce week-end : "Deauville Saison 1". Cette nouvelle initiative est centrée sur les séries télés américaines qui sont désormais plus événementielles que bien des films. Ainsi, la cité normande accueillera pour des master class, David Chase, le créateur, scénariste, réalisateur et producteur de "The Sopranos" ainsi que Clyde Phillips, le scénariste, producteur et showrunner, comme on dit, de "Dexter". On en profitera pour montrer des épisodes inédits de nouvelles séries très attendues, en avant-première. La revanche du petit écran, en somme !
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