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Cinéma | 67 e Mostra del cinema de Venise

Sofia Coppola tourne en rond à Venise

Hubert Heyrendt

Mis en ligne le 04/09/2010

“Somewhere” de Sofia Coppola a séduit par son rythme et sa mise en scène, mais déçoit par son absence de propos… Tandis que la Mostra prend l’eau ! Venise oblige.
Envoyé spécial à Venise

Hier soir, la Mostra découvrait le nouveau film de Sofia Coppola, qui a divisé les festivaliers. Dès la première scène, très réussie, une Ferrari noire tournant en rond sur une route désertique, tout est dit. "Somewhere" dresse en effet le portrait d’un jeune acteur d’Hollywood dont la vie se résume à un grand vide. Bière, cigarettes, strip-teaseuses, jeux vidéos et séances de promo constituent le quotidien, d’un ennui mortel, de Johnny Marco. Mais l’arrivée de sa petite fille de 11 ans va changer la donne

Sur le papier, tout est réuni pour faire un bon film. Elle aussi fille d’une star italo-américaine, Sofia Coppola est passée par là. Pourtant, elle ne traite que très superficiellement ce thème du rapport père-fille. Très proche de "Love Streams", le dernier film de John Cassavetes en 1984, qui mettait lui aussi en scène un artiste (écrivain) et son jeune fils, "Somewhere" ne retrouve pas cette force dans la description des liens qui peuvent se tisser entre un père bohème et son enfant. Là où Cassavetes parvenait à dépeindre une relation complexe, pleine de vie, l’échange entre Stephen Dorff, neurasthénique, et la jeune Elle Fanning, apparaît en effet plutôt morne.

Rapidement, Sofia Coppola s’oriente donc vers un autre sujet, lui aussi souvent traité, celui de la vacuité et de la vanité d’Hollywood. Mais, là encore, si l’observation de cet homme-enfant incapable de se prendre en mains sonne juste, le film ne creuse pas suffisamment le personnage pour que l’on puisse entrer en empathie avec lui. Et l’on en vient même à se demander ce que la cinéaste a réellement à dire sur ce monde qu’elle connaît pourtant si bien, non seulement pour y travailler mais pour y avoir grandi

Si, en conférence de presse, Sofia Coppola affirmait hier qu’elle cherchait à chaque film à faire quelque chose de nouveau, "Somewhere" apparaît au contraire comme une redite par rapport à ses œuvres précédentes, Johnny Marco étant tout à la fois la pauvre petite fille riche de "Marie-Antoinette" et l’acteur solitaire de "Lost in Translation" C’est frappant dans ces scènes tournées à Milan, où l’on a vraiment l’impression de revoir Bill Murray à Tokyo, l’Italie apparaissant aux yeux de Coppola presqu’aussi exotique que le Japon ! Tandis que l’on retrouve à nouveau ces couloirs et ces chambres d’hôtel, décors quasi uniques du film. "J’ai grandi en vivant dans des hôtels avec mon père, justifie-t-elle. J’aime les utiliser comme décor car je pense que l’hôtel représente un lieu de transition. Et c’est exactement ce que j’ai essayé de montrer ici Ce qui m’intéresse, c’est cette transition, ce moment dans la vie où l’on cherche la solitude, à s’isoler du monde."

Malgré sa paresse thématique, "Somewhere" est cependant sauvé par son rythme, sa langueur et par la capacité de Sofia Coppola à créer des ambiances en faisant dialoguer l’image et une bande musicale toujours aussi étudiée.

Egalement en compétition, "Happy Few" a lui aussi divisé (jusqu’à être sifflé en vision de presse). Dans son premier film, le très sensuel "Douches froides" (Prix Louis-Delluc 2005), le Français Antony Cordier contait la relation triangulaire entre deux ados et une jeune fille. Ici, le jeune cinéaste et sa coscénariste Julie Peyr reprennent le même thème en ajoutant un quatrième élément à l’équation. "Happy Few" filme en effet l’intimité qui naît entre deux couples, au-delà d’une simple question d’échangisme. "La perversion ultime, explique Cordier, c’est qu’ils se rendent comptent que, s’ils supportent facilement le sexe, cela devient plus douloureux quand, au bout de leurs aventures érotiques, ils découvrent un désir de conjugalité avec leur amant ou leur maîtresse "

Si ce retour du conventionnel au cœur même de la liberté sexuelle est intéressant, le film peine à rendre suffisamment crédible cette histoire d’amour entre deux couples, interprétés sans pudeur par Marina Fois, Elodie Bouchez, Nicolas Duvauchelle et Roschdy Zem. Car, comme dans "Douches froides", Cordier filme les corps de façon très physique. Dommage qu’il ait ressenti cette fois le besoin d’appuyer la dimension psychologique, notamment par des voix off surexplicatives.

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