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Des hommes et des dieux****
Selon Beauvois
Mis en ligne le 08/09/2010
Xavier Beauvois n’aime pas les interviews. A Cannes, il a tenu dix minutes et puis, il a tout planté. Il reste ses propos, puisés lors de la conférence de presse et d’une longue interview publiée dans le dossier de presse.
RELIGION. Aujourd’hui avec le débat sur la Burqa, on a l’exemple même des politiciens qui se servent de la religion à de mauvaises fins. Il y a pourtant des problèmes plus importants, les sans-domiciles fixes, les problèmes économiques, les agriculteurs au bord du gouffre. J’ai des amis musulmans qui sont fatigués par ce faux débat, fatigués d’être ostracisés.
AVENTURE HUMAINE. Je vis chaque film comme une aventure. C’est la raison pour laquelle les gens aiment bien tourner avec moi : ils n’ont pas juste participé à un film, ils ont vécu quelque chose de fort, un peu rock’n’roll.
IGNORANCE. Je sais que je ne sais pas. Pour ce film, après avoir lu le scénario d’Etienne Comar, j’ai rencontré un théologien, j’ai engagé un conseiller monastique, Henry Quinson, avec qui j’ai relu le scénario pour essayer de comprendre ce qu’est la foi, la vie monastique, le mystère pascal, par exemple. Je suis assez ignorant au début, mais très vite j’en sais plus que les autres, ce qui est la moindre des choses, lorsqu’on a la prétention de faire se déplacer les gens au cinéma : il faut être plus fort, travailler plus.
PEINTURE. Lorsque je veux filmer un terroriste à moitié nu allongé sur une table d’auscultation, je pense au Christ de Mantegna; et comme Caroline Champetier (directrice photo) connaît, elle sait immédiatement comment éclairer la scène. C’est, par ailleurs, l’un des tableaux les mieux cadrés de l’histoire de la peinture : inutile de chercher un autre cadre. Même réflexe pour filmer une femme dépressive buvant seule dans un bistrot comme dans Le petit lieutenant : je pense à L’Absinthe de Degas. Je montre le tableau à l’actrice, on s’en inspire, mais sans que ça ait l’air d’un tableau. Il y avait aussi ce merveilleux habit des frères : un noir et blanc qui permet des choses magnifiques au niveau de la lumière, du cadre et de l’improvisation. Comme les moines portent le même habit en permanence et que le décor est quasi unique, j’ai une grande liberté au tournage, mais aussi au montage, pour déplacer des scènes. Trop de référence nuit au film, il faut juste rendre discrètement hommage aux gens qu’on aime.
MISE EN SCÈNE. En allant voir de vrais trappistes à l’abbaye de Tamié en Haute-Savoie, en assistant à leur quotidien, j’ai réalisé que j’allais devoir mettre en scène une mise en scène - parce que tout rituel est déjà une mise en scène. Le point de départ était le respect de cette mise en scène-là : il fallait qu’elle soit d’abord fidèle, précise et irréprochable dans mon film. C’est la raison pour laquelle j’avais d’abord besoin d’un conseiller technique monastique avant de faire ma propre mise en scène : des plans fixes à l’intérieur du monastère, des axes avec des raccords à 90° dans l’église, comme la croix. Je savais que j’aurai peut-être un peu plus de liberté à l’intérieur du dispensaire de Luc, mais que je ne ferai de travellings qu’à l’extérieur, dans la nature, sur les travaux des champs, par exemple.
LENTEUR. Nous sommes dans une société où il faut aller vite, notamment au travers de la pub et des clips. Je pense que le spectateur est intelligent, qu’il comprendra le rythme du film. Je n’ai aucune raison de faire des raccords rapides dans un film qui traite de la vie de moines.
IMAGE. L’image, c’est pour les clips et la pub. Champetier a réussi des plans magnifiques qui ne sont jamais des images. A une exception : quand Olivier Rabourdin prie dans les rayons de lumière, la fumée du poêle à bois matérialise trop la lumière, on a une image et pas un plan. L’avoir gardé permet de faire comprendre la différence.
LAC DES CYGNES. En écoutant mon iPhone en voiture, j’ai été ému en imaginant la scène avec cette musique. Dans le scénario, les frères devaient chanter à ce moment-là, mais comme ils chantaient déjà sept fois par jour, j’ai trouvé plus logique qu’ils écoutent de la musique. L’idée était de ne pas tourner de gros plans avant cette scène, de ne pas galvauder mes focales. L’émotion vient du fait que ce sont les premiers gros plans du film : on n’avait jamais vu les moines d’aussi près.
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