Caillera & Aliens

Dans une banlieue du sud de Londres, une bande de cailleras défend son territoire contre des envahisseurs inattendus. Joe Cornish revisite sans prétention, mais avec jubilation, le film d'extra-terrestres – ou quand "Independence Day" rencontre "Ma 6-t va crack-er", nappé de sauce anglaise. 1h28

A.Lo.
Caillera & Aliens
©D.R.

C'est l'été des "E.T.". Après "World Invasion : Battle L.A.", "Super 8" ou "Cowboys&Aliens", "Attack the Block" rejoue cette semaine la guerre des mondes. Juste retour des choses : c'est précisément en Grande-Bretagne, berceau du roman fondateur d'H.G. Wells, qu'a lieu la nouvelle invasion. Variante et originalité : ce n'est ni une mégapole ni un village provincial qui font office de point de chute, mais une cité du South London, zone craignos où sévissent Moses, Pest, Dennis, Jerome et Biggz. Ces graines de voyous dépouillent, au début du film, Sam, une infirmière. Mais l'agression est brutalement interrompue par la chute d'un corps céleste sur une voiture. De la carcasse, émerge un "Gollum de l'espace", comme le surnomme Pest. Ayant un sens du territoire affirmé, Moses se fait un devoir de défoncer la chose. Affaire réglée ? L'impétrant sidéral est rapidement suivi de congénères, plus poilus et plus agressifs. La nuit s'annonce longue

Au milieu d'une kyrielle de blockbusters, le modeste premier film de Joe Cornish fait office d'outsider sympathique. Il n'a contre lui que le malheureux hasard de sortir en salles, en Belgique, quelques semaines après les émeutes de Londres - choix opéré in tempore non suspecto : point d'opportunisme déplacé, donc, de la part du distributeur. On notera que, ces dernières années, le cinéma britannique s'est fortement préoccupé des délinquants juvéniles, tantôt sur un mode cynique ("Eden Lake"), tantôt réactionnaire ("Harry Brown") - preuve que le feu couvait quelque part.

Cornish a, pour sa part, pris acte de la réalité de la rue pour prendre le contre-pied du cinéma d'exploitation, sur le mode "quels meilleurs héros que des antihéros ?" Et quel meilleur résistant à une invasion que des gamins prêts à se battre pour la cage d'escalier de leur HLM. Voilà qui change du GI patriote ou du nerd fils à maman. Mais loin du pamphlet, "Attack the Block" est d'abord et surtout une série B sans prétention, efficacement troussée avec le slang brit pour épicer les punchlines de circonstance et, en prime, un morceau de bravoure : l'attaque d'une nuée de yétis dans l'espace confiné d'un appartement. Ce bon petit Jelly Bean movie ose même une décoiffante explication à l'invasion impromptue : un exploitant facétieux aurait pu rebaptiser le film: "L'invasion des procréateurs".

Réalisation et scénario : Joe Cornish. Avec Jodie Whittaker, John Boyega, Alex Esmail, Nick Frost, 1h28.


Attack the Block **Réalisation et scénario : Joe Cornish. Avec Jodie Whittaker, John Boyega, Alex Esmail, Nick Frost, 1h28.


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