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Du carnaval de Malmedy à celui de Cannes, périple d’un film atypique
Alain Lorfèvre
Mis en ligne le 02/11/2011
Ceux-là ne pouvaient être qu’au diapason les uns des autres. Plasticien, performeur, Vincent Solheid a un jour tapé dans l’œil de Jérôme le Maire, coauteur d’un premier court métrage avec Vincent Lannoo ("Meilleurs vœux") et documentariste ("Où est l’amour dans la palmeraie", long métrage remarqué en festivals). "Je lui ai dit : "J’aime vraiment ce que tu fais mon gars, et j’aimerais travailler un jour avec toi." Et quelque temps plus tard, il arrive avec les contours d’une histoire : dix gars partant faire la fête au carnaval de Malmedy et s’éternisant dans les bois. Il avait le casting : sa fanfare." Au début, "Le Grand’Tour" est produit de manière informelle, avec Benjamine de Cloedt, compagne de Vincent Solheid. Mais le trio sollicite l’avis de Vincent Tavier, producteur associé au sein de La Parti, réputée pour ses projets décalés : de "C’est arrivé près de chez vous" à "Kill Me Please", en passant par "Aaltra", ces derniers ont été des films les plus improbables des vingt dernières années.
Comment est né “Le Grand’Tour” ?
Vincent Solheid : il y a deux parties dans ma vie, l’artistique et le folklorique. Je viens de Malmedy et le carnaval a toujours fait partie de ma vie. J’anime une vraie fausse fanfare qui existe depuis vingt ans. Parfois, je me dis que ce que nous faisons est de l’ordre de la performance. L’envie était là de sortir avec le "président" et sa fanfare. A cela s’ajoute l’envie de vouloir vraiment partir avec les potes dans les bois.
A partir de là, comment l’aventure devient-elle film ?
Jérôme le Maire : nous sommes partis, Vincent, Benjamine et moi, nous promener dans les bois. On a imaginé les péripéties au fur et à mesure. On jetait ça sur papier. Puis, on tournait une partie. Et on recommençait. Progressivement, les choses se sont structurées. J’ai essayé d’introduire une dramaturgie : parce que filmer ces gars en train de se bourrer la gueule aurait été vite lassant.
Comment La Parti Production est-elle arrivée sur le film ?
JlM : nous avions monté un premier bout à bout de rushes. Nous l’avons soumis à Vincent Tavier et Matyas Veress qui est devenu le monteur du film, pour avoir un regard critique. L’intention était de savoir si ça valait la peine de continuer. Et ils sont sortis emballés. Vincent Tavier et Philippe Kauffmann nous ont tout de suite offert de nous prêter le banc de montage. Et je leur ai demandé un peu plus : devenir producteurs.
Ce film joue sur la frontière entre documentaire et fiction.
JlM : oui, c’est un cadeau qui ces gars m’ont fait de pouvoir saisir du réel et d’y injecter mon idée. Mais j’ai eu la même attitude qu’en faisant un documentaire : j’essayais de comprendre ce qui était en train de se passer. Quelle était la motivation de Vincent et celle de ses copains ? Puis, j’ai décidé de me concentrer sur Vincent, ce qui m’a permis de dessiner son personnage et de déboucher sur la mise en perspective de l’histoire à travers le regard de ses camarades.
Vincent Tavier, de “C’est arrivé près de chez vous” au “Grand’Tour”, est-ce que ça vous rajeunit de vingt ans ?
Vincent Tavier : depuis que je fais des films, c’est ce côté expérimental, dans l’humain, qui m’a attiré. Ce projet-ci correspondait pile-poil, un peu comme "Aaltra", à ce qu’on aime faire avec Philippe (Kauffmann). En parlant de rajeunir, Cannes fut étonnant. Le public de l’Acid est plutôt, disons, âgé. Et ils ont adoré. Ça leur parlait.
Finalement, le film part en tournée avec la fanfare. Pourquoi ce choix ?
Philippe Kauffmann : on a cherché quelque chose qui soit juste par rapport à l’esprit du film et à la bande. On met en branle un réseau qui n’est pas du tout exploité par le cinéma : salles de concert, centres culturels. Nous présentons le film en seize dates, jusque fin décembre, sauf aux Grignoux, à Liège, qui l’affichent pendant deux semaines.
Dates : www.legrandtour-lefilm.com
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