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Jane erre

F. Ds

Mis en ligne le 11/01/2012

Une adaptation “noire” du classique, avec une Mia Wasikowska lumineuse.

Errant dans la lande battue par le vent et rebattue par la pluie, une jeune femme voit un point lumineux à l’horizon, une maison. Il lui reste juste la force de se traîner jusqu’à la porte avant de s’effondrer. Le révérend Rivers et ses sœurs la ramènent d’entre les morts. Qu’a-t-elle vécu, subi, enduré pour se trouver dans un tel état d’épuisement ?

Cary Fukunaga aborde ce classique de la littérature gothique anglaise à la façon d’un film "noir", renversant ainsi la perspective du roman. Dans la structure linéaire, le spectateur, au côté de Jane Eyre, cherche avec elle à percer les secrets du maître de Thornfield.

Dans cette structure "noire", construite autour d’un grand flash-back, c’est l’héroïne, elle-même, qui devient le mystère. De quel enfer s’est-elle échappée ? Comment ce beau visage s’est-il éteint ?

Et de remonter le temps. Celui d’une enfance digne de Cendrillon chez une horrible tante et dans un pensionnat religieux bien sadique. Le réalisateur ne s’attarde guère sur ces périodes pour en venir le plus rapidement possible à ce poste de gouvernante, de professeur particulier de la filleule du mélancolique propriétaire d’une britishissime demeure, Edward Rochester, dont elle tombe amoureuse. A cœur perdu, pense-t-elle ? Elle n’attend aucun retour à ses élans qu’elle contient, dès lors, très fermement.

Pour sa part, Rochester lui envoie des signaux contradictoires. Qu’est-ce qu’il lui trouve ? Un oxymore, cette Jane Eyre ? Sa personnalité se veut transparente, mais son tempérament est bien trempé. Cary Fukunaga se charge de rendre Mia Wasikowska particulièrement terne, l’attifant d’une coiffure impossible. Mais à la tombée de la nuit, il la place devant l’âtre, et c’est pure magie, beau comme du de La Tour. On voudrait être Rochester, avoir une vie pour regarder les flammes sculpter son visage, voir ses yeux briller et ses joues s’empourprer. Avec une comédienne qui a l’âge de Jane Eyre et le magnétisme même bougon de Michael Fassbender, Charlotte Brontë trouve une transposition, certes synthétique, mais vibrante de son roman. D’autant que le jeune réalisateur américain donne la parole aux paysages, l’âme des personnages.

Certes, Jane Eyre n’arrive jamais seule à l’écran. Elle emmène avec elle une série de fantômes, les uns s’échappant du livre, les autres des films, Joan Fontaine au côté d’Orson Welles, plus récemment Charlotte Gainsbourg dirigée par Zefferelli. Cary Fukunaga a trouvé en Mia Wasikowska une interprète mémorable, avec cette intériorité qui fait vibrer des sentiments éternels plutôt qu’un roman en costumes.

Réalisateur : Cary Fukunaga. Scénario : Moira Buffini, d’après Charlotte Brontë. Image : Adriano Goldman. Avec Mia Wasikowska, Michael Fassbender, Judi Dench, Jamie Bell 1 h 58.

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