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La spirale infernale de l’endettement
H. H.
Mis en ligne le 25/01/2012
Une vie meilleure*** - Cédric Kahn filme une réalité dure, celle de la misère contemporaine.
Beau gosse, Yann en a marre de cuisiner dans une cantine. Alors, au culot, il démarche les restaurants. "Vous chercheriez pas un cuistot par hasard ?" Ce ne sera pas pour cette fois encore... Par contre, il tombe sous le charme de Nadia, la jolie serveuse. Avec le même culot : "On va boire un verre après ton service ?" Pas besoin de poser les personnages. Chez Cédric Kahn, l’intrigue démarre dès les premières secondes. Il ne s’embarrasse pas de romance. Une scène de baiser fougueux dans les rues de Paris suffit à nous montrer que ces deux-là sont faits l’un pour l’autre. Et, rapidement, Yann adopte comme son petit frère le petit Slimane, gamin de 9 ans plein d’énergie.
De l’énergie, Yann en regorge. Alors, quand, près d’un lac à une heure de Paris, il découvre une maison abandonnée, il est sûr de son coup : c’est là qu’ils ouvriront leur resto. Et, pour cela, le jeune homme est prêt à tout, à mégotter sur les travaux ou à contracter des prêts revolving. Et, rapidement, le rêve se brise face à la réalité, et le couple sombre dans la spirale de l’endettement. A tel point que Nadia finit par accepter de partir travailler à Montréal, laissant Slimane seul avec Yann.
Avec "Une vie meilleure", on retrouve toute la force du cinéma de Cédric Kahn. Comme dans "Roberto Succo" ou "L’ennui", il filme un héros déterminé, luttant contre la société et sa propre obsession. Laquelle se traduit, ici, par une ambition effrénée, presque maladive. Sauf qu’à chaque fois qu’il essaye de s’en sortir, il ne fait que s’enfoncer un peu plus dans la misère sociale... Car si la société consumériste présente l’ambition comme une valeur nécessaire, elle oublie de dire qu’elle peut aussi se révéler destructrice...
Traversé par cette énergie du désespoir, "Une vie meilleure" signe aussi un retour à une forme de cinéma naturaliste pour Kahn qui avait débuté dans cette voie avec "Bar des rails" (1993) et "Trop de bonheur" (1994), ses deux premiers longs métrages. Car la réalité que filme le cinéaste est rarement montrée au cinéma. C’est celle des bureaux d’aide au surendettement, celle des chambres de bonne louées par des marchands de sommeil sans scrupule.
Aux côtés d’une Leïla Bekhti plus solaire que jamais, on découvre Guillaume Canet comme on ne l’a jamais vu, délaissant, au bout de 10 minutes, son image de minet pour composer un vrai personnage mature. Face à lui, Kahn a déniché la perle rare. Etonnant de naturel et de vérité, le petit Slimane Khettabi crève l’écran ! Car "Une vie meilleure" est aussi le portrait poignant d’un homme et d’un gamin devant s’apprivoiser. Qui, malgré l’adversité, vont recréer une famille. Et c’est bien là la seule note d’espoir d’un film âpre, dur dans sa description de la réalité sociale contemporaine, l’envie de croire encore aux rapports humains. Comme en témoigne un étonnant final lumineux qui, sans être un happy end, laisse une porte de sortie, un espoir à ses personnages.
Savoir Plus
Une vie meilleure***
Réalisation : Cédric Kahn. Scénario : Cédric Kahn et Cat herine Paillé. Musique : Akido. Avec Guillaume Canet, Leïla Bekhti, Slimane Khettabi... 1 h 52.
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