Au bout du tunnel

C'est beau, les films dont la première séquence esquisse le récit à venir. Alors que les noms défilent à l'écran, la caméra se lance dans un tunnel. Il est vieux mais éclairé et ne manque pas de cachet avec ses carreaux de faïence jaune. Le générique se termine, le tunnel aussi, on débouche à l'air libre, dans la nuit, sur un pont métallique qui enjambe un fleuve. Est-ce le programme qui attend le héros : un long tunnel qui mérite d'être regardé, le passage d'une rive à l'autre ?

Fernand Denis

C'est beau, les films dont la première séquence esquisse le récit à venir. Alors que les noms défilent à l'écran, la caméra se lance dans un tunnel. Il est vieux mais éclairé et ne manque pas de cachet avec ses carreaux de faïence jaune. Le générique se termine, le tunnel aussi, on débouche à l'air libre, dans la nuit, sur un pont métallique qui enjambe un fleuve. Est-ce le programme qui attend le héros : un long tunnel qui mérite d'être regardé, le passage d'une rive à l'autre ?

On l'aura compris avec le titre, original, Charlie est un garçon qui se fond dans le papier peint, dans le paysage. C'est sa volonté de ne pas être vu. En classe, s'il est le seul à connaître la réponse, il ne lèvera jamais le bras. Il est timide, mal dans sa peau, plombé aussi par la disparition de sa tante dont il se croit responsable. Pourquoi, au stade de foot, est-il allé s'asseoir près de Patrick, l'extraverti, trois classes plus haut que lui ? Un moment de courage et sans doute l'intuition que Patrick n'était pas, lui aussi, comme tous les autres. Un moment de courage qui a tout changé. Il est entré dans la petite bande, a fait la connaissance de Sam qu'il croyait être la petite amie de Patrick. Faut dire qu'il est très complice avec sa demi-sœur.

Mal dans sa peau, mal dans son environnement, c'est le destin du teenager qui se répète, génération après génération. Comme Salinger, Stephen Chbosky lui fait donc prendre l'air du temps, celui des groupes de rock qui sonnent au présent, celui des problèmes qui les obsèdent. Les traumas sexuels notamment, chaque personnage a hérité d'un souci spécifique.

La question est traitée avec une réelle sensibilité, renforcée par celle des acteurs. D'abord la star, Emma Watson. Elle s'emploie avec ses cheveux courts et un passé perturbé à faire oublier Hermione Granger. Ensuite, le talent pur, la graine de Pacino : Erza Miller. Il est bluffant comme chaque fois. Le pervers de "You Need to Talk About Kevin" incarne ici un jeune gay bourré de tempérament et de contradictions. Enfin, l'inconnu et mignon : Logan Lerman. Il doit jouer transparent et fébrile. Celui qui ne se sent bien que lorsque Sam n'est pas loin, même si elle en préfère un autre.

Stephen Chbosky met en scène le grand chaos des sentiments, chacun est mal embarqué, mais il doit y avoir une fin à ce tunnel. Et quand on en sera sorti, quand on aura mis pied sur l'autre bord, on pourra peut-être même en rire.

Carrelé de bonnes intentions, éclairé avec délicatesse "Le monde de Charlie", comme le tunnel, n'en reste pas moins conventionnel. L'auteur-réalisateur peine notamment à faire ressentir les différences d'âge entre les protagonistes et on croise tout au long pas mal de clichés, dont celui du garçon qui rêve d'être écrivain et sympathise avec son prof (on est loin toutefois de "Dans la maison"). Une génération s'y reconnaîtra-t-elle ? Le box-office le dira.

Réalisation, scénario : Stephen Chbosky d'après son roman. Avec Logan Lerman, Emma Watson, Ezra Miller 1h 43

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