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Rendez-vous avec Mathieu Carrière

F.Ds.

Mis en ligne le 06/10/2002

Voici trente ans, André Delvaux l'engageait pour être le principal interprète de `Rendez-vous à Bray´. Trente ans d'une amitié bien réelle et magique.

A l'occasion de la fête organisée en janvier 2000 par le festival du film de Bruxelles en l'honneur d'André Delvaux, nous avions rencontré Mathieu Carrière, véritable alter ego du réalisateur, présent dans quatre de ses films `Rendez-vous à Bray´, `Femme entre chien et loup´, `Benvenuta´ et `L'OEuvre au noir´ ainsi que dans les rêves des adolescentes des années 70.

Vous souvenez-vous de votre première rencontre?

Oui, elle date de 1970. C'était pour `Rendez-vous à Bray´. Il m'a dit: `C'est toi que je veux, parce que je te vois en train de marcher avec un grand manteau qui flotte autour de tes jambes´. J'étais jeune et j'étais ravi d'avoir le rôle principal dans un film francophone. Je ne savais pas que c'était le début d'une grande amitié. Je suis fier d'être un élément de son univers. Humainement et professionnellement, j'ai appris énormément de choses de lui. C'est la seule personnalité du cinéma que j'ai connu qui soit vraiment honnête. Et magistral.

Quel sens donnez-vous à l'honnêteté?

Il n'existe qu'un seul sens: un sourire est un sourire chez André Delvaux, cela ne cache pas autre chose.

Or, son cinéma est une invitation à regarder la réalité au-delà des apparences.

C'est pour cela que je pense qu'il est davantage un compositeur qu'un metteur en scène. Dans un monde du cinéma plutôt fourbe et sale, il a essayé de faire des films d'un standard, d'une ambition plus élevée, comme la musique. Un film de Delvaux, c'est comme un palimpseste. A chaque lecture, à chaque vision, un nouveau sens apparaît, on se dit: `Ah, cette fois, j'ai compris. Ou: j'ai compris autre chose´.

Vous êtes un des visages du réalisme magique mais étiez-vous sensible à ce courant artistique?

Oui, j'ai fait ma thèse de doctorat sur Kleist, l'inventeur du romantisme noir, une forme de réalisme magique. Delvaux a donné un sens cinématographique à ce courant. En fait, on apprend où l'on peut, souvent à travers les crises, la souffrance. Ce qui est merveilleux avec l'art, c'est qu'il peut vous apprendre des choses de la vie sans vous faire souffrir.

Vous partagez aussi avec Delvaux le fait d'appartenir à deux cultures.

Absolument. J'étais Allemand mais je vivais à Paris, et cela a sans doute facilité cette fonction d'alter ego.

© La Libre Belgique 2002

Savoir Plus

Jaco Van Dormael (`Le 8e jour´) partageait un point commun avec son ancien professeur de l'Insas. Ils avaient rendez-vous dans quelques semaines pour dîner. Le réalisateur de `Toto, le héros´ aurait peut-être fait la primeur de son nouveau scénario à son ancien professeur de l'Insas. ` C'est le dernier maître ´, dit Jaco Van Dormael, tout choqué par la nouvelle. `Maître, car il a façonné des générations de cinéastes et maître car il a construit une oeuvre cohérente. En même temps, c'était quelqu'un de très humble, de très admiratif du travail des autres.´Il considérait le cinéma comme une famille. Il était charmant, brillant, intelligent, cultivé, et tout le monde l'aimait. Il ne faisait pas autorité mais représentait une certaine paternité. C'est lui qui a ouvert la porte du cinéma belge dans laquelle nous nous sommes engouffrés, il y avait une connivence entre lui et la jeune génération. Nous nous sentions proches, lui et moi, car on partageait un penchant pour l'imaginaire plutôt que pour le réel, on filmait ce qui se passe à l'intérieur de la tête des personnages, pas à l'extérieur. ´ (F.Ds.)

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